Le Hezbollah admet combattre les rebelles en Syrie

Une annonce qui risque de déclencher, dans un Liban hautement inflammable, la colère des populations favorables aux rebelles.

Capture d\'écran de l\'intervention de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le 30 avril 2013, à la télévision libanaise Al-Manar.
Capture d'écran de l'intervention de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le 30 avril 2013, à la télévision libanaise Al-Manar. (AL-MANAR TV / AFP)

A nouveau, le conflit syrien risque de déstabiliser le Liban. Pour la toute première fois, mardi 30 avril, le chef du puissant mouvement libanais du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a reconnu l'engagement de ses troupes de l'autre côté de la frontière. Un message qui risque de déclencher la colère des populations favorables aux rebelles.

L'annonce du chef du Hezbollah

Pour cette annonce, Hassan Nasrallah a choisi la chaîne Al-Manar, dont le parti musulman chiite est le principal actionnaire. Il y a déclaré que "ces derniers mois, l'armée syrienne a été contrainte de se retirer de certaines parties de la région de Qoussair, ce qui conduit les Libanais vivant dans cette région à se trouver confrontés à des groupes armés [rebelles anti-régime]". Qoussair est une région située dans le centre-ouest de la Syrie, à la frontière nord-est du Liban. Il a aussi évoqué la présence d'hommes du Hezbollah dans le haut lieu chiite religieux de Sayeda Zeinab, à l'est de Damas. Selon la légende, Zeinab, petite fille de Mahomet et sœur de l'imam Hussein, vénéré par les chiites, y serait enterrée.

"Lorsque les attaques ont empiré et qu'un grand nombre de combattants [rebelles] se préparaient à prendre le contrôle de ces villages habités par les Libanais, il était normal d'offrir toute l'aide possible et nécessaire pour épauler l'armée syrienne, les comités populaires [milices locales pro-régime] et les habitants libanais", s'est justifié le chef du Hezbollah, qui prédomine au gouvernement libanais. Puis d'avertir : "La bataille n'est pas finie."

Pourquoi cela menace la stabilité au Liban

Depuis le début du conflit en Syrie, en 2011, le Liban inquiète les observateurs internationaux. Ce pays multiconfessionnel a été occupé par la Syrie de 1976 à 2005. Mais Damas, forcé de se retirer après l'assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005, a gardé une partie de son influence en soutenant le Hezbollah, avec l'Iran.

A plusieurs reprises, des combats ont opposé, dans le nord du Liban, partisans et opposants au régime syrien, dans une région divisée entre musulmans sunnites (plutôt favorables aux rebelles syriens) et musulmans chiites ou alaouites (favorables au régime de Bachar Al-Assad). Le 23 octobre 2012, l'assassinat d'un haut responsable de la sécurité libanais avait encore envenimé les choses. La Syrie et son allié libanais, le Hezbollah, avaient été pointés du doigt.

Le mouvement chiite libanais, né pendant la guerre civile du Liban en 1982, a dû louvoyer depuis le début du conflit entre son soutien au régime d'Al-Assad et le risque que cela déclenche des affrontements confessionnels au Liban. Mais alors que le conflit s'envenime et que les rebelles ont pris le contrôle de régions importantes, le Hezbollah, dépendant des armes iraniennes livrées via la Syrie, semble avoir choisi ouvertement son camp.