"Le Monde" publie des preuves de l'utilisation d'armes chimiques en Syrie

En fin de journée, Laurent Fabius a indiqué qu'il allait consulter ses homologues "pour voir quelles conséquences concrètes" il fallait tirer de cette situation.

Des soldats du régime syrien dans le village de Dahret Abed Rabbo, dans la province d\'Alep.
Des soldats du régime syrien dans le village de Dahret Abed Rabbo, dans la province d'Alep. (SANA / AFP)

"Il ne s'agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d'une autre classe, bien plus toxiques." Les forces de Bachar Al-Assad font bel et bien usage d'armes chimiques dans la région de Damas, selon des informations publiées, lundi 27 mai, par le site du Monde. Présents sur place pendant plusieurs semaines, un reporter et un photographe du quotidien accompagnant les rebelles syriens affirment avoir constaté par eux-mêmes les effets de l'usage de gaz toxiques par les forces gouvernementales dans le faubourg de Jobar, non loin du centre de la capitale syrienne.

La question des armes chimiques revient ainsi au premier plan. En fin de journée, à l'issue d'une réunion avec ses homologues à Bruxelles, Laurent Fabius a fait état de "présomptions d'utilisation d'armes chimiques de plus en plus étayées" en Syrie. "Nous nous consultons avec nos partenaires pour voir quelles conséquences concrètes il faut en tirer", a ajouté le ministre des Affaires étrangères avant de rejoindre Paris, où il doit s'entretenir du sujet dans la soirée avec ses homologues américain et russe.

Dans leur enquête, les journalistes du Monde expliquent que ces armes toxiques sont difficiles à repérer, tant elles ne ressemblent "à rien de détectable". Leur bruit est discret, le gaz inodore et invisible. Mais leurs effets sont là. Le Monde rapporte notamment que, à la suite d'une "attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril", son photographe a souffert, "quatre jours durant, de troubles visuels et respiratoires". Ce n'est qu'en voyant "des hommes s'accroupir, suffoquer, vomir" que l'équipe a compris qu'il fallait fuir la scène. L'auteur du reportage, Jean-Philippe Rémy, raconte cette expérience.

Francetv info / AFPTV

"Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort"

Les deux journalistes disent avoir aussi recueilli les témoignages de médecins dans la Ghouta, une zone tenue par les rebelles dans la périphérie est de Damas, faisant état d'un usage régulier d'armes chimiques par les forces de Bachar Al-Assad. Leurs vidéos montrent "des scènes de suffocation". "Ils ont les pupilles rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort", raconte l'un d'eux. 

Beaucoup de médecins soupçonnent l'usage de gaz sarin, mais le pouvoir a aussi "recours à des mélanges de produits" ou à du gaz lacrymogène "pour brouiller les pistes". Dans cette vidéo, les médecins rencontrés par Le Monde racontent comment ils soignent leurs patients.

Si les témoignages des combattants recueillis par le quotidien se rejoignent, les preuves formelles de leur utilisation par le régime sont difficiles à réunir. Selon le journal, "les gaz utilisés (...) le sont de manière ponctuelle, évitant des épandages massifs qui constitueraient facilement des faisceaux de preuves irréfutables"Les Nations unies ont déclaré, mercredi, recevoir des "informations croissantes" sur l'usage d'armes chimiques en Syrie. L'ONU a formé une commission d'experts pour enquêter sur le sujet, mais celle-ci attend toujours d'être autorisée à se rendre sur place. Le régime syrien et les rebelles qui cherchent à le renverser s'accusent réciproquement d'utiliser de telles armes.