Réfugiés syriens au Liban : il a vendu son rein 9000 dollars

C'est dans l'un des endroits les plus pauvres du Liban qu'un trafic d'organes sordide a pris racine et plus précisément dans le bidonville de Hay El Ghoarbey qui se trouve dans le sud de Beyrouth entre le camp de réfugiés palestiniens de Chatila et la Cité Sportive.

(Le camp de Chatila dans le sud de Beyrouth © RF/ Omar Ouahmane)

 Hay el Gharbey est un concentré de misère humaine où s'entassent plus de 15.000 habitants parmi lesquels de nombreux réfugiés syriens qui vivent au milieu des Libanais entre violence et délinquance. Le bidonville, dont certaines parties échappent au contrôle des autorités libanaises,  est aussi réputé pour abriter les commerces les plus illégaux.

Mahmoud est originaire de la ville d'Idlib dans le nord de la Syrie. Ce jeune de 17 ans est arrivé au Liban il y a un an et demi, il a vendu son rein gauche 9000 dollars au mois de septembre dernier pour financer une opération chirurgicale pour sa petite sœur :

"J'ai fait ça pour aider ma famille. Ma sœur doit se faire opérer et nous n'avons pas d'argent. Ils m'ont donné presque toute la somme. Mais ils se sont engagés à prendre en charge les antibiotiques que je dois prendre pendant une année"

  

"Ils m'ont donné presque toute la somme mais ils se sont engagés à prendre en charge les médicaments" (Mahmoud a vendu son rein)
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Mahmoud a été repéré par Ahmad, un jeune Libanais de 30 ans qui vit également à Hay El Gharbeh. C'est en fait un rabatteur, il est chargé de trouver des vendeurs potentiels et de les guider vers une clinique clandestine où les opérations ont lieu en échange d'une commission : "Moi mon travail est de trouver un vendeur, de le mettre en rapport avec eux et c'est tout"

Le trafic d'organes est puni par la loi libanaise

Mais Ahmad qui a les yeux rougis par la drogue ne dira rien de l'organisation pour laquelle il travaille et encore moins de l'endroit où se trouve cette clinique clandestine. Il est l'une des personnalités les plus connues du bidonville où Il a été arrêté par la police il y a tout juste deux semaines, il attend désormais de passer en jugement car le trafic d'organe est puni par la loi au Liban. Wael Bou Faour ministre de la Santé du Liban assure que "les services de renseignement travaillent sur ce dossier car ce sont des crimes. Parfois certains des réfugiés sont victimes d'abus".

  

Le président de l'ordre des médecins libanais Antoine Boustani a accepté de commenter ces informations mais il rappelle que c'est aux autorités libanaises d'enquêter et d'arrêter les éventuels médecins impliqués dans ce trafic. "L'Ordre des médecins ne peut pas faire d'enquête. C'est aux instances judiciaires de le faire".

L'extrême pauvreté des réfugiés syriens

Ce phénomène dont il est difficile pour l'instant de mesurer l'ampleur illustre surtout l'extrême pauvreté dans laquelle sont plongés des centaines de milliers de réfugiés syriens au Liban. La perspective de pouvoir gagner plusieurs milliers de dollars en quelques heures poussent certains, ceux condamnés à trainer dans les rues, à accepter de vendre un rein, sur les conseils de rabatteurs sans scrupule et au profit d'organisations évidemment impossible à approcher.

 

Le trafic d'oeuvres d'art au Liban - un reportage signé Omar Ouahmane
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