Que sait-on du cerveau présumé des projets d'attentats en Belgique ?

Après le coup de filet antiterroriste en Belgique et à quelques heures d’une réunion des 28 à Bruxelles sur la lutte contre le terrorisme, Claude Moniquet, co-directeur d’une société de renseignement privée et ancien de la DGSE, revient avec Fabienne Sintès sur le profil d’Abdelhamid Abaaoud.

(La Belgique a relevé son niveau d’alerte terroriste et a déployé des soldats pour assurer la protection de cibles potentielles d'attaques © REUTERS/Yves Herman)

Dix jours après les attentats en France, neuf personnes sont toujours en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur Amedy Coulibaly tandis qu’en Belgique on recherche toujours Abdelhamid Abaaoud. Ce Belge de 28 ans, d’origine marocaine, est soupçonné d’être le chef et pourvoyeur de fonds de la cellule démantelée la semaine dernière lors du coup de filet anti-terroriste mené à Bruxelles et dans sa banlieue, ainsi qu’à Verviers, près de Liège, où deux djihadistes ont été tués lors de l'assaut de la police contre leur planque.

Abdelhamid Abaaoud est toujours activement recherché. Ancien de la DGSE, Claude Moniquet nous parle de cet homme de 28 ans, le plus recherché de Belgique et d’Europe. Au micro de Fabienne Sintès
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Une vidéo "épouvantable "

Si l’on sait qu’il a combattu dans les rangs du groupe Etat islamique en Syrie, peu d’informations ont filtré sur son parcours. Que sait-on de la radicalisation Abdelhamid Abaaoud ? "Pas grand-chose ", répond Claude Moniquet, co-directeur d’une société de renseignement privée, ancien de la DGSE et auteur de La menace terroriste ,  paru en novembre 2014. Peu connu quand il était en Belgique, Abdelhamid Abaaoud s’était néanmoins illustré quand il était en Syrie. Au printemps dernier, le visage de l’homme avait circulé dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Dans "cette épouvantable vidéo tournée en Syrie, on voyait deux jeunes gens dans un 4x4 qui trainaient derrière eux les cadavres de leurs victimes et qui plaisantaient en même temps sur la qualité de leur voiture. Abaaoud était l’un des deux ", rappelle Claude Moniquet.

Pourquoi Abdelhamid Abaaoud a-t-il quitté la Syrie ?

"Nombre de djhihadistes quittent la Syrie parce qu’ils en ont assez ou qu’ils sont un peu dégoûtés ", explique Claude Moniquet. "Mais ce n’est peut-être pas son cas ", poursuit-il. "Manifestement, s’il est revenu en Europe et qu’il s’est mis à la tête d‘une cellule terroriste et qu’il préparait des attentats sanglants, on peut penser qu’il a quitté la Syrie parce qu’il avait des comptes à régler en Belgique et qu’il voulait y commettre des attentas ", explique ce spécialiste des questions terroristes. Abdelhamid Abaaoud "est un garçon qui a manifestement un charisme assez négatif auprès d’un certain nombre de volontaires du djihad, charisme qui peut reposer sur sa violence bien-sur. C’est un chef de bande, au sens vraiment primitif du terme ", souligne Claude Moniquet.

Pourra-t-il échapper longtemps à la police ?

Abdelhamid Abaaoud est toujours activement recherché par la Belgique et dans toute l’Europe. Quatre personnes ont été arrêtées en Grèce ce week-end dans le cadre de l’enquête. L’une d’elle devrait être extradée vers la Belgique, mais le ministre belge de la Justice, Koen Geens a démenti qu’il s’agissait d’Abdelhamid Abaaoud. Selon le journal belge La Dernière Heure , l’homme pourrait se trouver en Turquie. Mais, pour Claude Moniquet, il ne pourra pas de cacher bien longtemps. "Je pense que sa fuite est assez désordonnée ", explique-t-il. "Une cavale internationale nécessite des planques, des faux papiers, des véhicules et de points de chute. On peut penser qu’il a effectivement des contacts mais de là à pouvoir durer dans la cavale, ça semble beaucoup plus douteux… s’il n’est pas déjà retourné au Moyen-Orient bien-sûr" .

Est-il toujours une menace pour la Belgique ?

D’après les éléments de l’enquête, la cellule djihadiste démantelée et dont Abdelhamid Abaaoud pourrait donc être le cerveau, planifiait des "attaques dans toute la Belgique". Des projets avortés après le coup de filet de jeudi dernier mais il n’est pas exclu, selon Claude Moniquet, qu’Abdelhamid Abaaoud veuille revenir en Belgique pour "d’une part tenter de laver son honneur de djihadiste, d’autre part venger "ses frères morts" à Verviers dans la fusillade, comme disent ces gens ", explique-t-il. "Mais il va falloir qu’il trouve du personnel pour le faire ", poursuit-il. "Et même s’il y a beaucoup de gens très violents en Syrie, on ne trouve pas systématiquement tout de suite quelqu’un qui est prête à risquer sa vie et à mourir pour la cause ", explique Claude Moniquet, faisant la référence aux deux djihadistes qui ont préféré mourir que de se rendre à Verviers. 

Les limites de la coopération européenne

Alors qu’une réunion des 28 sur la lutte contre le terrorisme se tient ce lundi à Bruxelles, on s’interroge aussi sur les moyens d’actions au niveau européen. "La coopération franco-belge en matière de contre-terrorisme est très ancienne et marche très bien ", explique Claude Moniquet. "Elle peut marcher avec d’autres pays bien-sûr. Maintenant, si on élargit à 28, c’est beaucoup plus compliqué ",  parce que les systèmes juridiques ne sont pas les mêmes mais aussi parce que la sécurité est un sujet "éminemment culturel ", poursuit-il, citant notamment l'exemple du Danemark.