Telecomix : des hacktivistes au secours du peuple syrien

Le groupe d'activistes du net "Telecomix" a lancé une opération d'aide aux Syriens "#OpSyria". Membre de ce réseau, okhin explique à FTVi comment ils aident ces citoyens et luttent contre la censure.

Les activistes de Telecomix aident les Syriens à contourner les dispositifs de censure mis en place par le gouvernement de Bachar Al-Assad 
Les activistes de Telecomix aident les Syriens à contourner les dispositifs de censure mis en place par le gouvernement de Bachar Al-Assad  (REUTERS / KHALED AL HARIRI)

En Syrie, la résistance passe aussi par la Toile. Alors que les affrontements continuent entre les soldats loyalistes de Bachar Al-Assad et insurgés, et que les ONG peinent à apporter leur aide aux citoyens, il est un autre front sur lequel il est possible de mobiliser : celui d’Internet. C’est le créneau qu’a investi Telecomix, un groupe décentralisé d’activistes du net. Leur entreprise de soutien a pris un nom : "#OpSyria" (pour opération Syrie). 

Né en Europe en 2009, Telecomix est engagé au service de la liberté d’expression. Dès sa création, le groupe s’oriente rapidement vers la défense des libertés de communication partout dans le monde. 

Contrairement aux Anonymous, nébuleuse dont il est impossible de quantifier le nombre d’affiliés, Telecomix rassemble environ 250 membres à travers le monde, connectés entre eux en permanence. Leurs actions : cloner des sites censurés, fournir des infrastructures de communication ou éduquer les activistes avec lesquels ils entrent en contact. Ils se sont notamment faits connaître au moment des révolutions arabes en Egypte et en Tunisie, en rétablissant des connexions internet ou en contournant la censure imposée par les gouvernements. 

"On ne casse rien. On répare, on améliore, on reconstruit, on détourne, on fait du bruit, on aide", détaille okhin, l'un d'entre eux, ajoutant qu’ils ne se considèrent en aucun cas comme des militants politiques. "Agent" de Telecomix, il explique à FTVi ce qu’est l’#OpSyria et comment le réseau d’activiste apporte son aide aux citoyens syriens.  

FTVi : Quand et comment a commencé l'#OpSyria?

okhin : Ça a commencé début juillet 2011, quand nous avons eu des contacts avec des journalistes ou des activistes en Syrie qui ont vu des choses étranges se passer avec leur connexion Internet. Khe0ps et PunkBob (deux autres "agents" de Telecomix) ont été parmi les premiers à travailler dessus. Cela a commencé par une analyse de l'infrastructure de l’internet syrien pour comprendre ce qu'il se passait, puis par l'exploration d'idées pour voir comment on pouvait aider.

En quoi cela consiste-t-il exactement?

Comme la Syrie effectue de la surveillance totale des communications, notre action à d'abord été d'en informer les Syriens. Nous avons mis en place des infrastructures de contournement de ces moyens de censure et essayé de toucher le plus grand nombre de citoyens possible. Ensuite on a fait des formations aux outils nécessaires pour les activistes, afin de contourner cette censure. 

Il est nécessaire que les gens utilisent le plus possible des outils de cryptage et d’anonymisation lors de leurs communications. Il y a un besoin et une envie d'utiliser ces outils parce que, depuis les évènements en Tunisie, on sait que les gouvernements et entreprises nous espionnent et pas pour notre bien. 

Quels ont été ses principaux aboutissements jusqu'à présent?

Nous avons exposé le rôle d'industriels tels que Bluecoat (entreprise américaine spécialisée dans la sécurité internet) ou Ericsson dans leur fourniture de matériel de filtrage et de surveillance à la Syrie. Plus récemment, nous avons eu connaissance d'entreprises irlandaises qui ont vendu du matériel d'analyse des communications GSM et des SMS à la Syrie.

Nous avons aussi pu établir quelques contacts de confiance avec des Syriens  et, grâce à eux, nous avons pu mettre en place un site de dépêches mis à jour en temps réel. Un site de vidéo est en cours de mise en place afin d'associer à ces dépêches textes des images.

Aujourd’hui, les Syriens arrivent à communiquer entre eux. Des journalistes et membres d'ONG viennent nous voir et nous posent des questions, on leur apporte nos conseils. On peut dire que les résultats sont plutôt positifs.