Qui est Mokhtar Belmokhtar, le chef jihadiste qui aurait été tué par les Américains ?

Mokhtar Belmokhtar aurait été tué en Libye par un assaut aérien des Etats-Unis, ont annoncé dimanche les autorités libyennes. Francetv info revient sur le parcours de ce chef jihadiste très recherché, cerveau de l'attaque meurtrière du complexe gazier d'In Amenas (Algérie) en janvier 2013.

Le jihadiste Mokhtar Belmokhtar s\'exprime dans une vidéo diffusée par Sahara Media, le 21 janvier 2013. Il a revendiqué la responsabilité d\'Al-Qaïda dans la prise d\'otages d\'In Amenas (Algérie).
Le jihadiste Mokhtar Belmokhtar s'exprime dans une vidéo diffusée par Sahara Media, le 21 janvier 2013. Il a revendiqué la responsabilité d'Al-Qaïda dans la prise d'otages d'In Amenas (Algérie). (REUTERS / REUTERS TV)

Le chef du groupe jihadiste Al-Mourabitoune, Mokhtar Belmokhtar, a été tué dans un assaut aérien des Etats-Unis, a annoncé dimanche 14 juin le gouvernement libyen, reconnu par la communauté internationale. Sa mort n'a toutefois pas encore été confirmée par Washington, qui a simplement concédé que le terroriste était la cible de frappes menées dans la nuit de samedi à dimanche. 

Francetv info revient sur le parcours de ce chef jihadiste très recherché, cerveau de la meurtrière attaque du complexe gazier algérien d'In Amenas, en janvier 2013.

Un jihadiste implanté dans tout le Sahara

Né à Ghardaïa (Algérie) en 1972, Mokhtar Belmokhtar se rend en Afghanistan dès l'âge de 19 ans pour y acquérir une formation au combat. Là, il rencontre des jihadistes du monde entier, comme il l'affirme dans l'une de ses rares interviews, reprise par la Jamestown foundation (en anglais). Durant une attaque, il perd un œil, et gagne un premier surnom : "Laouar" (le borgne).

Passé par différentes organisations terroristes, Belmokhtar développe ses relations et son influence. Le jihadiste sillonne la zone saharienne. Surnommé "Mister Marlboro", il est parfois présenté comme un simple trafiquant de drogues et de cigarettes. Mais ses liens et ses actions sont multiples. Dans les tribus touaregs du nord du Mali et du Niger, il épouse plusieurs filles de chefs locaux, une façon de s'assurer des soutiens dans la région. Il est ainsi informé, notamment, des mouvements des forces de l'ordre, une aide de taille dans l'organisation d'opérations de plus grande envergure. 

En 2003, Belmokhtar est impliqué dans l'enlèvement de 23 touristes européens dans le sud de l'Algérie. Plus tard, il est soupçonné d'avoir commandité l’assassinat de quatre Français en Mauritanie en 2007, la prise d'otages de deux Canadiens en 2008, et celle de trois Espagnols et de deux Italiens en 2009. De quoi établir un véritable business. "Entre 2003 et [2012], les katibas ont au moins empoché 50 millions d’euros", explique Serge Daniel, spécialiste du Mali, à Slate Afrique.

Un des chefs fondateurs d'Aqmi 

Après sa formation en Afghanistan et son retour en Algérie en 1993, il intègre le fameux Groupe islamique armé (GIA), connu pour ses actions sanglantes et meurtrières. Il se charge de créer une branche de l'organisation terroriste dans le Sahara. Le GIA se transforme en Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) en 1998, et devient Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en 2007.

Début 2013, c'est avec son nouveau mouvement dissident, les "Signataires par le sang", qu'il mène l'attaque du complexe gazier d'In Amenas. Les autorités algériennes mettront trois jours à reprendre le contrôle de l'usine. Le bilan est lourd : 38 otages trouvent la mort, ainsi que 29 assaillants.

Le jihadiste a depuis réaffirmé sa loyauté à Al-Qaïda, à travers la formation du mouvement Al-Mourabitoune, issu de la fusion entre le Mujao (groupe jihadiste du Nord-Mali) et les Signataires par le sang en 2013. En mai dernier, il a ainsi démenti l'allégeance de son groupe à l'Etat islamique, annoncée par un autre dirigeant. Une contradiction dans la communication, qui laisse présager une sérieuse discorde dans la hiérarchie du mouvement.

Sa mort a été annoncée plusieurs fois

En juin 2012, une rumeur annonce pour la première fois sa mort à Gao, dans le nord du Mali, lors d'un assaut contre des touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Mais la nouvelle est vite démentie par les associés de Belmokhtar.

Un an plus tard, en mars 2013, l'armée tchadienne annonce à son tour avoir tué le chef jihadiste au Mali. Une rumeur là encore démentie, qui lui permet de rebondir : en mai de la même année, le terroriste revendique un double attentat-suicide contre l'armée nigérienne à Agadez et le site français d'uranium d'Areva à Arlit, avec au total une vingtaine de victimes. En avril dernier, des rumeurs avaient fait état de sa disparition, puis de son empoisonnement, rappelle L'Obs.  

La déclaration des autorités libyennes est donc à prendre avec précaution. Sur les réseaux sociaux, des comptes jihadistes ont fait état de sept morts dans le raid américain en Libye, sans faire référence à Belmokhtar. Dans un communiqué, le porte-parole du Pentagone, le colonel Steve Warren, a précisé que les Etats-Unis continuaient "à évaluer les résultats de l'opération", et qu'ils fourniraient "plus de précisions de manière appropriée".