Liban: des milliers de réfugiés syriens doivent quitter les camps de fortune

Environ 10.000 réfugiés syriens vivant dans la plaine de la Bekaa au Liban ont été priés de quitter leur camp de fortune érigé près d’un terrain d’aviation militaire. Selon Human rights watch, 3000 d’entre eux se seraient déjà exécutés, démontant leur tente de bois et de plastique pour s’installer ailleurs. Or justement, nul ne sait où aller.

Jeune réfugiée dans un camp informel au Liban.
Jeune réfugiée dans un camp informel au Liban. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

Ils sont plus d’un million de réfugiés syriens au Liban, pour un pays d’accueil qui compte quatre millions d’habitants. Certains sont là depuis le début du conflit syrien, il y a six ans. Une vie de misère. Sept réfugiés sur dix vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de quatre dollars par jour. Les autorités libanaises interdisent toute installation en dur, pour empêcher la création de villages.

Il n’y a pas de camps de réfugiés officiels, et les réfugiés enregistrés par le HCR se débrouillent comme ils peuvent. Dans la fertile plaine de la Bekaa, à l’est du pays, ils seraient plus de 300.000 à vivre dans des camps de fortune faits de planches et de bâches en plastique.
 
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Au début du mois d’avril 2017, l’armée libanaise a ordonné aux habitants d’un camp situé à proximité du terrain d’aviation de Rayak de quitter les lieux au plus vite. L’ordre a été donné oralement, officiellement pour des raisons de sécurité. Il concerne tous les habitants dans un rayon de sept kilomètres autour du camp.

Les réfugiés sont habitués à ces déplacements forcés. Al Jazeera évoque le cas de Turan et de sa famille. Ils en sont à leur troisième déménagement depuis leur fuite de Syrie en 2012. «C’est une honte. Mais si le gouvernement nous dit de partir, nous devons obéir. Mais personne n’en connaît la raison.»  Mais dans son malheur, Turan n’a pas trop à se plaindre. L’armée lui a désigné, tout comme à ses voisins, un champ de patates à 500 mètres de là, où s’installer.

De plus en plus de tensions
Cette fois, ce serait le plus grand déménagement imposé au Liban. 11.000 personnes vivant dans au moins 92 sites sont concernées. 4000 réfugiés auraient déjà rejoint provisoirement d’autres camps informels construits autour de villes.
Mais si certains ont déjà déménagé, beaucoup n’ont tout simplement pas de point de chute. Depuis octobre 2016, le gouvernorat de la vallée de la Bekaa a interdit la création de tout nouveau camp.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a prévenu. Le pays est au bord de la rupture, alors que le Liban pourrait atteindre 1,5 million de Syriens réfugiés dans un proche avenir. Tout cela fait craindre des tensions entre les communautés libanaises qui vivent dans un pays où la paix est fragile.
 
Aussi, les ONG s’interrogent sur les possibles arrière-pensées du gouvernement libanais. Ces déplacements forcés seraient une façon de les renvoyer dans leur pays. Mike Bruce, un porte-parole du Conseil norvégien pour les réfugiés, a précisé: «Nous voulons être sûr que ces déplacements ne soient pas utilisés pour forcer au retour au pays