Reportage "On va insister, jusqu’à la mort" : trois ans après l’explosion du port de Beyrouth, les familles attendent toujours justice

Le 4 août 2020, une double explosion soufflait le port de la capitale libanaise et une partie de la ville, faisant plus de 200 morts et près de 6 500 autres blessés. La douleur reste immense dans un pays où la justice est paralysée par des ingérences politiques et des responsables de la sécurité qui refusent de participer à l'instruction.
Article rédigé par France Info - Arthur Sarradin
Radio France
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Depuis 2020, les proches des victimes des explosions de Beyrouth au Liban se battent pour connaître la vérité. (PATRICK BAZ / AFP)

Alignés sur des chaises en plastique blanches à la caserne des pompiers de Beyrouth, des familles pleurent en silence. L'hymne libanais vient figer l'instant : le 4 août 2020, quand le port et une partie de la ville ont été soufflés, elles ont perdu un enfant. Membres de la Brigade des pompiers de Beyrouth, une femme et neuf hommes avaient été envoyés sur l'incendie avant l'explosion du premier hangar. 

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Trois ans après, la douleur de leurs proches reste immense. Le fils de Wedad avait 38 ans. "Quand cette explosion a eu lieu, elle a détruit nos vies, dit-elle. Les deux filles que mon fils a laissées me demandent toujours où est leur père, s’attriste Wedad. Je me demande toujours pourquoi je ne suis pas morte avant lui, pourquoi il n'a pas fui ce jour-là. Mais c'était un héros. La mort l'a emporté". 

"Nous voulons justice et surtout punition"

À quelques kilomètres de là, dans un appartement en banlieue de Beyrouth, tout un mur est recouvert de photos de Jessica Bezedjian, 23 ans, l'une des jeunes victimes de l'explosion. "Elle était infirmière à l’hôpital Saint-Georges", explique le père de Jessica. Depuis la perte de sa fille, il se bat sans relâche pour que les responsables de ce drame soient un jour jugés. Trois ans après les faits, l'enquête est toujours au point mort. 

"Les politiciens ne veulent pas savoir la vérité. Ils sont trop corrompus. "

Georges, le père d’une victime

à franceinfo

"Mais nous, les familles de victimes, nous voulons justice et surtout punition, lance-t-il. On dit que c’est un pays démocratique, un pays libre. Jusqu’à maintenant, on n’arrive pas à avoir la vérité. Mais on va insister. Il faudra peut-être dix ans, vingt ans ou jusqu’à la mort. Mais on y arrivera". 

En attendant que la justice avance, les autorités locales ont décidé de ne pas détruire les silos du port, un premier pas vers un mémorial en hommage aux victimes de la double explosion.

Trois ans après l’explosion du port de Beyrouth, les familles attendent toujours justice - le reportage d'Arthur Sarradin

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