Chypre : gisements gaziers sources de rivalité

La découverte de gisements de gaz naturel au sud de Chypre, provoque une tension entre Nicosie et Ankara qui mènent, chacun pour leur compte, des forages de prospection. La Turquie multiplie les manœuvres militaires dans cette zone pour imposer sa présence. Face aux menaces turques, Nicosie sollicite l'aide de la marine israélienne pour défendre ses champs gaziers.

Plateforme d\'exploration en méditerranée orientale
Plateforme d'exploration en méditerranée orientale (CHRISTOS AVRAAMIDES / PIO / AFP)

Les gisements de gaz naturel situés au sud des côtes de Chypre, découverts au début des années 2000, recèlent d'énormes réserves qui pourraient dépasser les 750 milliards de m3.
L'américain Noble Energy, associé à la compagnie israélienne Derek, a démarré des forages d'exploration en septembre 2011 au large de l’île, en accord avec le gouvernement chypriote-grec qui mise sur une forte coopération énergétique avec Israël, à la grande fureur de la Turquie.

La compagnie israélienne et son partenaire texan Noble Energy ont découvert 450 milliards m3 de gaz dans le champ Leviathan, proche de la zone chypriote. Derek détient aussi des parts dans tout ce que Noble est susceptible de découvrir dans les eaux chypriotes. Ce dernier a annoncé en 2011 avoir découvert des réserves recelant jusqu'à 224 milliards de m3 au large de Chypre.

Carte des zones gazière en méditerranée orientale
Carte des zones gazière en méditerranée orientale (AFP)

Le ton monte entre Nicosie et Ankara
Ankara, qui occupe depuis 1974 la partie nord de Chypre, a vivement protesté contre les explorations menées au large des côtes sud de l'île divisée. La Turquie argue que les autorités gouvernementales chypriotes, contrôlant le sud de Chypre, ne peuvent exploiter les ressources naturelles de l'île et menace d'intervenir.

Malgré ces menaces, Chypre a annoncé son intention de poursuivre ses prospections gazières et ses appels d'offre pour «l'attribution des droits d'exploitation dans la zone économique exclusive de Chypre (ZEE)», «dans le respect de la législation internationale» et de «ses droits souverains», quelles que soient les réactions d'Ankara.
Noble Energy, qui a remporté le premier appel en 2008, a commencé en septembre 2011 des explorations dans le bloc 12, à 180 km des côtes sud de l'île.

La Turquie, pour procéder à ses propres explorations, a signé de son coté un accord avec la République turque de Chypre du Nord (RTCN), qu'elle est seule à reconnaître et envoyé son navire de prospection le «Piri Reis», sous escorte militaire, dans une zone «proche» des points de forage chypriote-grecs. Pour faire bonne mesure, le premier ministre turc Erdogan a déclaré, par ailleurs, que «les démarches unilatérales (à Chypre) risquaient de porter atteinte au processus de négociations en vue d'une réunification de l'île», divisée politiquement depuis 1974.


Turquie - Chypre : un conflit gazier sur fond de litiges

Euronews (23-11-2011)


Israël, partie prenante de la lutte pour le gaz
Israël, qui voit en Chypre une tête de pont vers l'Europe, soutient le gouvernement chypriote-grec dans ce conflit.
Le rapprochement entre les deux pays s'est concrétisé par la ratification en décembre 2010 d'un traité délimitant leurs zones économiques exclusives respectives, évitant ainsi les conflits d'intérêt dans l'exploitation des ressources contiguës, dans le cadre des explorations pétrolières et gazières en Méditerranée orientale.
Pour le futur, Israël et Chypre envisagent de coopérer dans la mise en place d'infrastructures destinées à alimenter en gaz les marchés asiatiques et européens.

Les intérêts israël et de Chypre sont désormais d'autant plus proches que les relations entre l'Etat Hébreu et la Turquie se sont notoirement refroidies. La visite, le 16 février 2012, de Benjamin Netanyahu à Nicosie vient de sceller ce rapprochement. «Nous sommes prêts à parler du développement de nos relations, nous avons des intérêts communs dans tous les domaines, la santé, l'éducation, le tourisme, la culture et l'économie», a affirmé à cette occasion le président chypriote Demetris Christofias.