Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa dit que ses propos ont été "mal interprétés"

Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui avait critiqué les bombardements de la coalition sur la Libye en estimant qu'ils s'écartaient de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, a affirmé lundi que ses propos avaient été "mal interprétés".

Le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa (archives, octobre 2010)
Le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa (archives, octobre 2010) (AFP / Oliver Lang)

Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui avait critiqué les bombardements de la coalition sur la Libye en estimant qu'ils s'écartaient de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, a affirmé lundi que ses propos avaient été "mal interprétés".

M. Moussa a expliqué que ses propos de dimanche avaient été motivés par l'inquiétude de voir des civils pris dans les frappes de la coalition. "Nous travaillons en coordination avec les Nations unies pour protéger les civils en Libye", a-t-il ajouté.

Amr Moussa avait estimé que "ce qui s'est passé en Libye diffère du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne, et ce que nous voulons c'est la protection des civils, pas le bombardement d'autres civils", avait-t-il déclaré à des journalistes.

Pour le secrétaire général de l'ONU Ban Ki -moon, la communauté internationale doit parler d'une seule voix sur la Libye, après les critiques de l'organisation panarabe sur les frappes de la coalition internationale sur ce pays.

"Il est important que la communauté internationale parle d'une seule voix pour mettre en oeuvre la seconde résolution du Conseil" de sécurité de l'ONU, a-t-il dit en référence au texte adopté jeudi autorisant une action militaire pour empêcher les forces du régime de Mouammar Khadafi d'attaquer de civils. M. Ban, en visite au siège de la Ligue arabe au Caire, a ajouté que des "mesures fortes et décisives" n'ont été rendues possibles que grâce au soutien de la Ligue arabe le 12 mars dernier à l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Libye.

Intervention: des voix s'élèvent
En Allemagne, eprès une réunion avec ses homologues de l'Union européenne à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle, pointant du doigt les critiques de la Ligue arabe, a déclaré lundi: "Nous avons dit très clairement depuis le début que nous ne participerions pas" à cette action de la coalition internationale. "Cela signifie que nous estimons qu'il y a des risques" avec l'opération en cours, "et lorsque nous entendons ce que la Ligue arabe a dit hier (dimanche), malheureusement nous constatons que nous avions des raisons d'être préoccupés".

Au Luxembourg, le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn, lui,a plaidé lundi à Bruxelles pour que l'Otan, plutôt que la coalition qui bombarde aujourd'hui la Libye, prenne rapidement en main la coordination de l'intervention militaire internationale. "Un pays comme le Luxembourg, comme beaucoup d'autres pays, n'a qu'un seul moyen de s'engager c'est dans le cadre de l'Otan", a-t-il souligné. Il a appelé à "clarifier très, très vite" la situation. Et de conclure: "Il faut décider qui fait quoi car ce jeu entre la coalition et l'Otan nuit à toute la communauté internationale".

En Italie, le président du Conseil Sylvio Berlusconi a demandé lundi que les opérations militaires en Libye passent sous contrôle de l'Otan et a précisé que les avions italiens engagés n'ouvriraient pas le feu.

"Il est important que le commandement passe à l'Otan, avec une coordination différente de celle que nous avons maintenant", a-t-il dit lors d'une réunion électorale à Turin, dans le cadre de la campagne des municipales. "Nos avions n'ont pas tiré et ils ne tireront pas", a-t-il ajouté.

A Nouakchott, le comité des cinq chefs d'Etat chargés par l'Union africaine de trouver une solution à la crise libyenne ont exigé dimanche la fin des hostilités, après le début de l'opération militaire occidentale. Les présidents sud-africain, malien, mauritanien, congolais et ougandais ont estiméqu'une solution "africaine" devait être trouvée au conflit entre les forces kadhafistes et l'insurrection partie de l'Est libyen.

Appelant la communauté internationale "à la retenue" pour éviter "de graves conséquences humanitaires", les cinq chefs d'Etat ont demandé la tenue d'un sommet de l'Union africaine le vendredi 25 mars à Addis Abeba, en Ethiopie.

L'intervention en Libye divise

Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a estimé lundi que la résolution 1973 de l'Onu sur une zone d'exclusion aérienne en Libye était "déficiente et imparfaite", et que l'opération en cours rappelait les croisades.

Des propos aussitôt dénoncés par Dmitri Medvedev. "Il est inadmissible d'employer des termes qui mènent au choc des civilisations, des expressions du genre "croisade" ou autres. C'est inacceptable. Dans le cas contraire, tout peut se terminer d'une manière encore pire que la situation actuelle. Chacun doit garder ça en tête", a déclaré le président russe, selon plusieurs agences du pays. C'est la première fois que les deux hommes s'opposent aussi ouvertement à un an de la présidentielle russe.

Ni la Russie, ni la Chine n'ont opposé leur veto à la résolution lors du vote de jeudi dernier, se contentant de s'abstenir, tout comme l'Allemagne. Une abstention qui a suscité les critiques des médias d'Allemands et d'une partie de la population.

La Chine a regretté dimanche les bombardements de la coalition internationale en Libye, a indiqué son ministère des Affaires étrangères, soulignant l'opposition de Pékin à "l'usage de la force dans les relations internationales".

En Inde, le ministre indien des Affaires étrangères, S.M Krishna, a appelé lundi à la fin des raids aériens sur la Libye, estimant que les attaques risquaient de toucher plus de "civils innocents, de citoyens étrangers et de missions diplomatiques".

La Norvège a indiqué lundi qu'elle a décidé de suspendre sa participation à l'opération "Aube de l'Odyssée" à une clarification de son commandement.

Si l'Irak a apporté lundi son soutien à l'intervention militaire étrangère en Libye, elle est critiquée en revanche par l'imam chiite Moktada Sadr. "Le gouvernement irakien soutient les efforts internationaux pour protéger le peuple libyen", ont répondu les services du porte-parole du gouvernement irakien, Ali al Dabbagh. D'après un site internet proche de son mouvement, l'influent imam chiite Moktada Sadr a en revanche jugé que le peuple libyen devait décider lui-même de son propre sort.