L'armée syrienne, appuyée par des chars, a pénétré lundi dans plusieurs localités de la province de Homs (centre)

Face à ces nouvelles offensives, le chef de la diplomatie turque a fait savoir au président syrien Bachar al Assad que les opérations militaires contre les civils devaient cesser immédiatement et sans conditions.Le Premier ministre jordanien, Marouf al Bakhit, a lui aussi demandé aux dirigeants syriens qu'ils cessent de réprimer le soulèvement.

Un portrait du président syrien Bachar al-Assad brûlée lors d\'une manifestation en Syrie
Un portrait du président syrien Bachar al-Assad brûlée lors d'une manifestation en Syrie (AFP/Bulent Kilic)

Face à ces nouvelles offensives, le chef de la diplomatie turque a fait savoir au président syrien Bachar al Assad que les opérations militaires contre les civils devaient cesser immédiatement et sans conditions.

Le Premier ministre jordanien, Marouf al Bakhit, a lui aussi demandé aux dirigeants syriens qu'ils cessent de réprimer le soulèvement.

Lundi, des organisations de défense des droits de l'homme ont relaté la situation dans la province de Homs. "La localité de Houla est assiégée (...) L'armée y procède à des perquisitions et à des arrestations sous le couvert de tirs nourris", a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dans un communiqué. Une autre ONG syrienne a aussi fait état d'un "grand nombre de chars entrés à Houla le matin et de tirs à la mitrailleuse".

Offensive du régime contre Lattaquié durant le week-end

Dimanche, des navires de guerre sont pour la première fois intervenus pour mater la contestation en Syrie, à Lattaquié (côte ouest) où 26 personnes ont péri, et plusieurs autres blessés, selon des militants des droits de l'Homme.

Par ailleurs, d'après des militants des droits de l'homme, l'armée et les forces de sécurité ont investi des banlieues de Damas. Ainsi, les banlieues damascènes de Sakba et Hamouriya ont été visées par des opérations dans la nuit de samedi à dimanche, au cours desquelles de nombreuses arrestations ont été signalées.

Mobilisation massive et plusieurs morts vendredi
Seize personnes sont mortes vendredi en Syrie pendant des manifestations organisées dans de nombreuses villes. La mobilisation est restée vive, alors que les appels internationaux pour faire plier le régime syrien et faire cesser les violences se sont faits de plus en plus pressants.

Comme chaque vendredi depuis le début du mouvement de contestation le 15 mars 2011, les manifestants se sont rassemblés suite à des appels lancés via le réseau social Facebook. Ils se sont regroupés autour du slogan "nous ne nous soumettrons qu'à Dieu.

8000 personnes se sont rassemblées à Lattaquié (nord). D'autres manifestations ont eu lieu à Hama et Homs (centre), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) qui a précisé que les forces de sécurité avaient ouvert le feu à Hama.

Dans la région de Homs, un homme a été tué par un tireur embusqué près d'une mosquée, selon l'OSDH. Par ailleurs des balles ont visé, à Qousseir (près de Homs), un minibus transportant des habitants. "Des miliciens pro-régime ont ouvert le feu sur le bus, blessant des voyageurs" qui fuyaient vers le Liban, a indiqué un militant sur place, jugeant que le régime "veut ainsi attiser des sentiments de haine entre les personnes et les entraîner à des actes d'agressivité".

A Douma (région de Damas), un militant sur place a rapporté la mort de cinq civils, abattus par les forces de sécurité qui ont tiré à balles réelles pour disperser les manifestants. A Deir Ezzor (est) où des dizaines de morts ont été recensés le week-end du 6-7 août, un civil a été tué, selon un militant sur le terrain.

Dans le centre du pays, un militant a affirmé qu'un homme avait été tué à Hama. Trois autres ont été blessés lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu pour disperser des manifestants qui se rassemblaient à la sortie de la prière du vendredi dans une mosquée de la ville. L'armée avait pourtant annoncé mercredi 3 août son retrait de Hama, après dix jours d'une offensive qui s'est soldée par plus d'une centaine de morts, selon les militants. Avant les manifestations de l'après-midi, deux civils avaient déjà été tués dans la matinée par les tirs des forces de sécurité.

Un homme a été abattu en tentant de fuir lors d'une campagne d'arrestation à Saqba (banlieue de Damas), et une femme est morte au cours d'une opération des services de sécurité à Khan Sheikhoun, dans la province d'Idleb (nord-ouest), a annoncé l'OSDH. "Des dizaines de chars, de véhicules blindés, de transport de troupes et des bus civils (transportant des agents de sécurité, NDLR) ont pris d'assaut Khan Sheikhoun à l'aube. Des tirs intenses étaient entendus", selon la même source.

Arrestation par le régime du président de la LSDH
La mobilisation contre le gouvernement et les condamnations de plus en plus sévères de la communauté internationale ne font pas faiblir le régime, loin de là. Pour museler encore davantage l'information, les autorités ont arrêté, jeudi 11 août, le président de la Ligue syrienne des droits de l'Homme, Abdel Karim Rihaoui. Militant très actif, il est, grâce à son réseau de militants dans le pays, une source importante d'informations pour la presse étrangère, dont les mouvements dans le pays sont très limités.

La communauté internationale fait pression
Paris
a aussitôt réclamé sa libération immédiate. "La France condamne (cette) arrestation (...). La répression violente et les arrestations politiques doivent cesser en Syrie", a déclaré la porte-parole adjointe du ministère des Affaires étrangères, Christine Fages.

Les Etats-Unis ont indiqué jeudi 11 août que leur ambassadeur à Damas avait personnellement mis en garde le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, du risque de nouvelles sanctions si le régime ne mettait pas fin à la répression sanglante.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a appelé à intensifier la pression sur le régime d'Assad, encourageant la Chine et l'Inde à imposer des sanctions à la Syrie dans le domaine de l'énergie et la Russie à cesser ses ventes d'armes à Damas.

Le président américain ont évoqué jeudi soir la nécessité "d'une transition démocratique" en Syrie. Le Canada a pour sa part dénoncé les "actions brutales" et "inadmissibles" du gouvernement syrien.

Le président turc Abdullah Gül a appelé Bachar al-Assad Assad à mener des réformes démocratiques rapidement, a indiqué l'agence turque Anatolie vendredi: "Je ne veux pas qu'un jour en regardant en arrière vous regrettiez d'avoir agi trop tard et trop peu."

Au moins 1.800 civils ont été tués depuis mars, selon un nouveau bilan des ONG.