Pour l'ex-ambassadeur israélien en France, "le néo-sionisme en Israël pense comme le Hamas, c’est le Hamas juif"

Elie Barnavi, ancien ambassadeur israélien en France, a expliqué, jeudi sur franceinfo, que "le projet séculier s’est déplacé vers un projet à forte connotation religieuse et messianique" alors qu'Israël fête ses 70 ans.

Des juifs ultra-orthodoxes (à g.) et des femmes prient dans deux sections différentes du Mur occidental, le site le plus sacré où les Juifs peuvent prier, dans la vieille ville de Jérusalem, le 2 février 2016.
Des juifs ultra-orthodoxes (à g.) et des femmes prient dans deux sections différentes du Mur occidental, le site le plus sacré où les Juifs peuvent prier, dans la vieille ville de Jérusalem, le 2 février 2016. (THOMAS COEX / AFP)

L’État d’Israël fête, jeudi 19 avril, ses 70 ans. Un anniversaire qui prend place dans une situation politique compliquée, à la veille d’une nouvelle manifestation palestinienne. L’influence des colons israéliens n’a jamais été aussi forte dans la politique intérieure de l’État.

Sur franceinfo, Elie Barnavi, ancien ambassadeur israélien en France, a estimé que "le projet séculier s’est déplacé vers un projet à forte connotation religieuse et messianique", utilisant le terme de "néo-sionisme". Pour lui, ce dernier "pense comme le Hamas, c’est le Hamas juif".

franceinfo : Quel était le projet d’origine de la création d’Israël en 1948 ?

Elie Barnavi : C’était de créer en Palestine un État-nation juif. C’était un projet porté par la gauche travailliste. Il fallait construire un État pour un peuple sans État. Afin de le remettre dans le cours de l’Histoire, mais il y a eu une ambiguïté d’entrée entre religion et volonté d’un État politique.

L’unité politique des débuts existe-t-elle toujours aujourd’hui ?

Cette idée a été mise au défi par la conquête de la Cisjordanie. La redécouverte de ces anciens territoires qui étaient au cœur de l’espace biblique a provoqué un choc psychologique. Le projet séculier s’est déplacé vers un projet à forte connotation religieuse et messianique. Il s’agit d’un néo-sionisme, un projet radicalement différent de celui d’origine.

Qu’est-ce qui a changé ?

C’est la finalité de cet État. Il y a un débat récurrent et violent entre ceux qui pensent, comme moi, qu’Israël est un État-nation comme les autres et ceux qui pensent que c’est une communauté de croyants sur une terre promise par le Tout-Puissant. C’est devenu un débat politique, le néo-sionisme en Israël pense comme le Hamas, c’est le Hamas juif. Une conception du monde théologique qui refuse toute idée de normalité et de rétrocession territoriale.