Orange ne quitte finalement pas Israël : la polémique en six actes

Le patron de l'opérateur téléphonique français, Stéphane Richard, a exprimé, mercredi, son souhait d'un retrait de la marque d'Israël, provoquant une vive réaction de l'Etat hébreu. Il est monté au créneau, samedi, pour tenter d'éteindre la polémique.

Un magasin Orange à Jérusalem (Israël), le 4 juin 2015.
Un magasin Orange à Jérusalem (Israël), le 4 juin 2015. (THOMAS COEX / AFP)

Trois jours après le début de la polémique, Stéphane Richard, PDG d'Orange, est de nouveau monté au créneau, samedi 6 juin, pour tenter d'éteindre la polémique sur un éventuel retrait de l'opérateur de l'Etat hébreu. Benyamin Nétanyahou avait demandé à la France, qui détient 25% du capital d'Orange, de se "désolidariser publiquement" de l'entreprise, accusée de céder à la pression des pro-palestiniens. Francetv info résume comment une petite phrase s'est transformée en couac diplomatique.

Acte 1 : des ONG accusent Orange d'être complice de l'occupation israélienne des colonies

Avant les déclarations de Stéphane Richard, la présence d'Orange en Israël avait été mise en cause, début mai, par plusieurs organisations, dont la CGT et la Fédération internationale des Ligues des droits de l'Homme, dans un rapport intitulé "Les liaisons dangereuses d'Orange dans le territoire palestinien occupé". 

Elles accusaient l'opérateur d'exercer des activités économiques dans les territoires de Cisjordanie colonisés par Israël, et ainsi de contribuer "à perpétuer une situation considérée comme illégale par la communauté internationale". Orange "n'est pas opérateur en Israël", répliquait alors l'entreprise, assurant qu'elle n'avait "aucune influence" sur la stratégie de Partner, la société israélienne détenant une licence pour utiliser la marque française dans l'Etat hébreu.

Acte 2 : le PDG d'Orange évoque son souhait de retirer la marque d'Israël

Mercredi 3 juin, lors d'une conférence de presse au Caire (Egypte), le PDG d'Orange, Stéphane Richard, semble prendre acte des critiques. "Notre intention est de nous retirer d'Israël", affirme le dirigeant, qui confie qu'il serait "prêt à abandonner demain matin" ses liens avec Partner, sous réserve que cela n'expose par Orange "à des risques énormes" sur le plan légal ou financier.

Acte 3 : les Israéliens s'insurgent et dénoncent des "pressions des pro-palestiniens"

Dans la soirée, l'affaire s'emballe. La ministre israélienne adjointe des Affaires étrangères écrit à Stéphane Richard pour lui demander "de clarifier cette question le plus vite possible". Le lendemain, c'est à l'Etat français que son ministère demande des explications, alors que les propos du PDG français font la une des journaux. "Je suis très, très en colère", s'emporte à la radio le futur président de Partner, qui estime que Stéphane Richard a cédé aux "pressions très importantes des pro-palestiniens" et que ses propos constituent une attaque contre Israël.

Un sujet d'autant plus sensible dans l'opinion publique qu'Israël est attaqué sur plusieurs fronts ces dernières semaines pour sa politique dans les colonies, les pro-palestiniens ayant notamment tenté de faire voter la suspension de la fédération israélienne de football par le congrès de la Fifa.

Acte 4 : Stéphane Richard calme le jeu et s'explique

En fin de journée, jeudi, Stéphane Richard tente d'éteindre la polémique. "Tout cela n’a rien à voir avec le contexte politique", assure le PDG. Dans un communiqué, il rappelle que l'accord permettant à Partner d'utiliser la marque Orange date de 1998, avant le rachat de cette même marque par France Télécom à un groupe chinois, même s'il a été amendé cette année.

En se désengageant de ce partenariat, Stéphane Richard voudrait donc simplement mettre fin à une situation d'exception : aucun autre opérateur dans le monde ne dispose d'un tel accord avec Orange, et "il n’est pas dans la politique du groupe qu’un opérateur sur lequel nous n’avons aucun contrôle utilise notre marque" explique-t-il.

Acte 5 : Benyamin Nétanyahou demande à la France de se désolidariser d'Orange

Dans la soirée, jeudi, le Premier ministre israélien s'est mêlé à l'affaire, s'adressant à son tour à l'Etat français. "J'appelle le gouvernement français à publiquement rejeter les déclarations et les agissements malheureux d'une compagnie dont il est en partie le propriétaire", a demandé Benyamin Nétanyahou, dans un communiqué.

Acte 6 : "Orange est présent en Israël pour y rester", assure Stéphane Richard

"Orange est présent en Israël pour y rester", affirme le dirigeant, samedi, tentant une nouvelle fois de mettre fin à la polémique. Le PDG d'Orange déclare qu'il "regrette sincèrement" la "controverse". Il assure que son groupe "ne soutient aucune forme de boycott, en Israël ou ailleurs dans le monde".

"Notre décision sur l'utilisation de notre marque est motivée - comme c'est le cas partout dans le monde - uniquement par notre stratégie de marque", affirme le patron d'Orange dans un texte transmis à l'AFP. Et de rappeler : "Au terme de discussions avec Partner, un amendement a été inscrit en avril dernier afin d'introduire une date limite à la licence". Selon lui, celle-ci "est désormais valide jusqu'au 31 mars 2025".