Etiquetage des produits des colonies : la mesure qui brouille les relations entre l'UE et Israël

L'UE a approuvé dans la matinée la mise en œuvre de l'étiquetage des produits originaires des colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés. 

Un graffiti appelle au boycott d\'Israël à Bethléem, en Cisjordanie, le 5 juin 2015.
Un graffiti appelle au boycott d'Israël à Bethléem, en Cisjordanie, le 5 juin 2015. (THOMAS COEX / AFP)

Les diplomates israéliens vont boycotter plusieurs réunions avec l'Union européenne. En réaction à l'approbation par l'UE, mercredi 11 novembre, de l'étiquetage des produits originaires des colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué qu'"Israël [suspendait] son dialogue diplomatique avec elle dans plusieurs forums qui devaient avoir lieu au cours des prochaines semaines".

La décision de l'UE, attendue depuis des mois mais reportée à plusieurs reprises, est controversée. Francetv info revient sur la polémique.

Comment réagit Israël ? 

Israël a vivement réagi, notamment par la voix de son Premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Il a de nouveau évoqué le spectre du nazisme et de l'antisémitisme, estimant que "l'étiquetage des produits de l'État juif par l'Union européenne réveille de sombres souvenirs". "L'Europe devrait avoir honte", a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée par ses services.

"Alors qu'il y a des centaines de conflits territoriaux à travers le monde, [l'UE] a décidé de s'en prendre seulement à Israël, alors qu'Israël combat le dos au mur contre une vague de terrorisme", a-t-il plaidé. Alors que le processus de paix avec les Palestiniens est au point mort depuis le printemps 2014, Israël a dénoncé une "mesure discriminatoire" prise pour des "raisons politiques"

Le gouvernement de droite de Benyamin Nétanyahou craint que la mesure européenne ne "soutienne et encourage" le mouvement international BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l'Etat hébreu, qui monte en puissance. "Ce que l'UE est en train de faire va soutenir et encourager le BDS contre Israël", a ainsi déploré le représentant israélien auprès de l'UE.

Comment réagit l'Autorité palestinienne ? 

Les Palestiniens ont salué un "pas dans la bonne direction", quoique "insuffisant". Le Comité national palestinien pour le BDS s'est réjoui de cette décision "qui montre que les gouvernements européens réagissent à l'opinion publique, aux campagnes de la société civile comme à l'intransigeance israélienne".

"Cela dit, mettre en place quelques étiquettes sur un petit nombre de produits israéliens n'est pas une réponse à la mesure des crimes de guerre israéliens continus", a estimé Mahmoud Nawajaa, le coordinateur général du BDS palestinien.

Comment l'UE justifie-t-elle sa décision ? 

Face à la colère du gouvernement israélien, l'UE s'est efforcée de minimiser la portée de son geste. "La position de l'UE sur les colonies est très claire. Elles sont illégales au regard du droit international. [L'étiquetage] n'y change rien. Je ne pense pas qu'il affectera notre rôle à l'avenir dans les négociations de paix", a commenté une source à la Commission européenne.

"C'est une question technique, pas une prise de position politique", a par ailleurs insisté le vice-président de l'exécutif européen, Valdis Dombrovskis, rappelant que l'UE ne soutenait "aucune forme de boycott ou de sanctions contre Israël".

Comment doit s'appliquer cet étiquetage ?

Débattue depuis 2012, cette décision s'impose aux 28 Etats membres. Elle vise à informer et protéger les consommateurs européens de l'origine des produits qu'ils consomment, conformément à la législation commerciale de l'UE, selon la Commission.

Elle oblige désormais l'industrie alimentaire et la distribution à mentionner spécifiquement sur les étiquettes que les marchandises viennent des colonies, qui, pour l'UE comme pour la communauté internationale, ne font pas partie du territoire d'Israël. Or, aujourd'hui, les produits des implantations israéliennes en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur le plateau du Golan sont étiquetés comme fabriqués en Israël.

Les marchandises concernées, en majorité des produits agricoles (fruits, légumes, vins) et des cosmétiques, représentent "moins de 1% du total des échanges commerciaux entre l'UE et Israël, soit 154 millions d'euros en 2014", selon des chiffres de la Commission.