Ils se sont accordés mardi soir pour que l'Otan ait un "rôle clef" dans le commandement de l'opération de la coalition

C'est ce qu'a annoncé la Maison Blanche alors que Barack Obama était en tournée en Amérique latine.L'Elysée a donné ensuite une version différente, indiquant que Nicolas Sarkozy et Barack Obama, qui se sont joints au téléphone, s'étaient "entendus sur les modalités d'utilisation des structures de commandement de l'Otan en soutien de la coalition".

Le premier ministre britannique David Cameron et David Petraeus, commandant des forces de l\'Otan, le 22 mars 2011
Le premier ministre britannique David Cameron et David Petraeus, commandant des forces de l'Otan, le 22 mars 2011 (AFP/Dan Kitwood)

C'est ce qu'a annoncé la Maison Blanche alors que Barack Obama était en tournée en Amérique latine.

L'Elysée a donné ensuite une version différente, indiquant que Nicolas Sarkozy et Barack Obama, qui se sont joints au téléphone, s'étaient "entendus sur les modalités d'utilisation des structures de commandement de l'Otan en soutien de la coalition".

Paris, désireux de regagner la confiance du monde arabe et de garder une souplesse opérationnelle, veut limiter le rôle de l'Otan dans le commandement de la coalition en Libye. Mardi soir, la France semblait néanmoins avoir fait des concessions à ses partenaires sur ce sujet.

Deux versions pour un même accord
Paris et Washington ont donc annoncé mardi soir avoir trouvé un accord sur le rôle de l'Otan dans la coalition, mais l'ont présenté de façons sensiblement différentes.

La Maison Blanche a indiqué que les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne étaient tombés d'accord pour que l'Otan puisse jouer un "rôle clef" dans le commandement de l'opération militaire de la coalition internationale en Libye.

Une expression qui n'a pas été reprise par la présidence française, qui évoquait juste, mardi soir dans un communiqué, une conversation téléphonique lors de laquelle Barack Obama et Nicolas Sarkozy "se sont entendus sur les modalités d'utilisation des structures de commandement de l'Otan en soutien de la coalition". Une intervention dans la lignée des déclarations du ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

De nombreux pays pour un rôle leader de l'Otan
Ces derniers jours, de nombreux pays ont réclamé que l'Otan prenne le commandement des opérations en Libye. Lors d'une réunion lundi à Bruxelles, les ambassadeurs d'une majorité des 28 pays membres ont souhaité que l'alliance relaie au plus tôt la coalition qui a lancé les premiers raids depuis samedi.

Paris, assez isolé, renâclait, arguant que si l'Otan dirigeait l'intervention, les pays arabes ne voudraient pas s'y rallier et finiraient même par la dénoncer. Les discussions à l'Otan, qualifiées de "très difficiles" par un diplomate allié, avaient été suspendues une fois de plus lundi soir.

Actuellement, les opérations de la coalition emmenées par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, sont nationales et coordonnées par les QG américains de Ramstein (ouest de l'Allemagne) et Naples (sud de l'Italie).

Mardi, les pays de l'Otan ont décidé de confier à leurs marines la mission de faire respecter l'embargo sur les armes à destination de la Libye décidé par l'ONU, a annoncé un diplomate. Les Pays-Bas vont contribuer aux efforts pour contrôler l'embargo avec six avions de combat F-16, environ 200 soldats, un chasseur de mines et un avion-ravitailleur, a annoncé le gouvernement néerlandais.

L'Allemagne a décidé de suspendre la participation de ses navires de guerre aux opérations de l'Otan en mer Méditerranée, pour ne pas participer au contrôle de l'embargo sur les armes à destination de la Libye, a annoncé le ministère de la Défense.

Quel rôle pour l'Otan ?
Avant l'accord annoncé mardi soir, le président américain Barack Obama avait assuré que "l'Otan (jouerait) un rôle" dans un délai "de jours, non de semaines". "L'Otan sera impliquée dans une fonction de coordination en raison de l'extraordinaire capacité de cette alliance", avait précisé le président américain depuis le Chili où il est en visite.

Le Premier ministre britannique David Cameron s'est prononcé lundi devant le Parlement pour que l'Otan prenne "au bout d'un moment" les commandes, tout en évoquant la possibilité qu'un officier britannique, américain ou français soit nommé à la tête de l'opération.

Mais le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn a résumé le sentiment général: "mon pays comme beaucoup d'autres, n'a qu'un seul moyen de s'engager, c'est dans le cadre de l'Otan".

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a demandé lui aussi lundi soir que l'Otan prenne en main les commandes. "Nous souhaitons que le commandement des opérations passe à l'Otan et qu'il y ait une coordination différente de celle qui existe actuellement." Son ministre des Affaires étrangères Franco Frattini a lâché que si la question n'était pas réglée, son pays reprendrait le contrôle des bases qu'elle a mises à la disposition de la coalition.

Témoignant de la tension grandissante, la Norvège a annoncé qu'elle "suspendait" la participation aux opérations de ses avions F-16 arrivés en Italie puis repartis en Crète, "à une clarification du commandement".

La position de Paris
Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, à l'issue de la réunion de l'UE, a observé que "l'Otan était disposé à venir en soutien de la coalition dans quelques jours", semblant réserver un rôle complémentaire et non central à l'alliance. La position française est ainsi décryptée par un responsable militaire: "Il faut trouver une formule permettant de recourir aux moyens de l'Otan sans que son drapeau n'apparaisse".
Berlin et Ankara opposés aux bombardements
Autre point de dissension, l'Allemagne et surtout la Turquie ne veulent pas que l'Otan, si elle devait finalement intervenir, bombarde à son tour comme la coalition l'a fait depuis samedi. Des objections qui ne portent pas sur le commandement, mais sur la nature de l'intervention de l'Otan. Au terme d'une semaine de débats intensifs, les plans opérationnels pour deux des trois missions qui pourraient incomber à l'Otan -sécurisation d'une opération humanitaire, respect de l'embargo sur les armes- ont été validés.

Dimanche soir, cependant, l'ambassadeur turc a demandé à l'Otan de revoir sa copie en ce qui concerne la troisième mission, -une zone d'interdiction aérienne-, voulant apparemment des garanties sur les règles d'engagement afin que les civils libyens ne soient pas mis en danger.

Une opération sans pilote
Paris, Londres et Washington n'avaient toujours pas désigné lundi de commandement unifié pour leurs opérations, une situation inédite dans les annales militaires récentes. Jusque-là, les opérations de la coalition emmenées par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, sont nationales et coordonnées par les QG américains de Ramstein (ouest de l'Allemagne) et Naples (sud de l'Italie).

De facto toutefois, l'état-major américain, immédiatement opérationnel, assume le leadership de cette coordination. Il s'agit d'une "opération coordonnée par les Etats-Unis, en étroite collaboration avec les autorités françaises et britanniques et qui pourrait être soutenue par l'Otan", a confirmé lundi le ministère français de la Défense.

Jusqu'ici, du Kosovo à l'Irak et à l'Afghanistan, toutes les opérations multinationales, qui plus est sanctifiées par une résolution de l'Onu, ont été conduites ces dernières années sous pavillon unique, des Nations unies elles-mêmes, de l'Otan, des Etats-Unis ou encore de l'Union européenne. L'opération franco-américano-britannique en Libye reste donc jusqu'à présent l'exception à la règle.

"Il n'y a pas d'état-major centralisé et à ce stade, chacun utilise ses états-majors propres de façon coordonnée", a expliqué le porte-parole du ministère français de la Défense, Laurent Teisseire. Symbole de cette situation, les opérations en Libye ont été baptisées "Harmattan" par les Français, "Ellamy" par les Britanniques et "Aube d'une odyssée" par les Américains.