Comment s'organise la traque des derniers criminels nazis ?

Laszlo Csatary, l'un des anciens officiers nazis les plus recherchés au monde, a été retrouvé dimanche. Comment l'a-t-on débusqué ? FTVi liste les moyens utilisés pour traquer ces criminels de guerre.

Capture d\'écran du tabloïd britannique The Sun compilant trois photos de László Csatáry, le criminel nazi le plus recherché au monde retrouvé le 15 juillet 2012 à Budapest (Hongrie).
Capture d'écran du tabloïd britannique The Sun compilant trois photos de László Csatáry, le criminel nazi le plus recherché au monde retrouvé le 15 juillet 2012 à Budapest (Hongrie). (THE SUN / FRANCE 2)

Il avait été condamné à mort en 1948 et était recherché depuis, comme une dizaine de criminels nazis. Laszlo Csatary, 97 ans, accusé de complicité dans la mort de 15 700 juifs pendant la seconde guerre mondiale, a été retrouvé à Budapest (Hongrie). L'information a été annoncée dimanche 15 juillet par des journalistes du tabloïd britannique The Sun (lien en anglais), puis confirmée par Efraïm Zuroff, le directeur de l'antenne israélienne du centre Simon-Wiesenthal, spécialisé dans la traque des nazis.

Comment ces journalistes et ces historiens ont-ils pu retrouver sa trace ? FTVi liste les moyens utilisés pour traquer ces criminels de guerre, et vous explique pourquoi il est de plus en plus difficile de les repérer.

Une traque qui repose sur trois piliers

Un réseau d'agences d'investigation En 2002, le centre Simon-Wiesenthal a mis en place "l'Opération de la dernière chance". Il s'agit d'un projet commun avec la Fondation Targum Shlishi, située à Miami (Etats-Unis). Un site internet est dédié à cette opération, dont le principal objectif est d'aider les gouvernements européens et américains à remettre les criminels nazis entre les mains de la justice.

Cette traque commence par un long travail d’investigation pour localiser les individus. Elle s'appuie sur un réseau constitué de relais au sein de plusieurs pays, principalement en Europe, en Amérique latine et aux Etats-Unis, indique BFMTV. "Les succès de l'opération ont été obtenus grâce à des agences d'investigation, en particulier aux Etats-Unis, en Italie et en Allemagne", précise le dernier rapport annuel du centre Wiesenthal, publié le 18 avril dernier.

Des rétributions pour les informateurs "On promet à ceux qui peuvent nous aider des récompenses financières", affirme Richard Odier, président du centre Simon-Wiesenthal en France, dans le reportage de BFMTV. Sur le site internet de "l'Opération de la dernière chance", l'information est explicitement donnée : "Une récompense de 10 000 euros est offerte pour toute information qui facilitera les poursuites judiciaires et les condamnations des criminels nazis."

Dans le cas de Laszlo Csatary, l'informateur qui a communiqué puis confirmé la présence de ce criminel nazi hongrois à Budapest va toucher 25 000 dollars, affirme France 2. "Nous attendons l’ouverture de la procédure judiciaire avant de verser cet argent", a toutefois indiqué Efraïm Zuroff à Libération. 

Un peu de hasard Selon Didier Epelbaum, journaliste et historien, il n'y a pas de recherche systématique de chaque criminel nazi. "Lorsque l'un d'entre eux est repéré, c'est aussi, parfois, le fruit du hasard", estime-t-il, contacté par FTVi.

Par exemple, c'est grâce au hasard que Thomas Auburger, un quadragénaire allemand, a découvert, en mai 2010, l'organigramme complet de la Gestapo de Nuremberg en 1945. Il était parti à la recherche d'informations sur son grand-père, qui avait été gardien dans un camp de concentration de janvier à mai 1945, raconte L'Express. Une telle découverte permet de dresser le portrait de centaines de criminels, puis de les repérer.

• Des recherches de plus en plus difficiles

Parce que les criminels sont de plus en plus âgés. Soixante-sept ans après la fin de la seconde guerre mondiale, il reste peu de criminels nazis en vie. Et ceux qui le sont étaient les plus jeunes à l'époque, donc souvent des responsables locaux, peu connus, et donc plus difficiles à retrouver. Ainsi, Serge Klarsfeld, président de l'association Fils et filles de déportés juifs de France, et "chasseur de criminels nazis", a affirmé lundi 16 juillet sur Europe 1 "n'avoir jamais entendu parler" de Laszlo Csatary. "Aujourd'hui, il était le plus recherché parce qu'ils ont désormais tous entre 90 et 100 ans, mais il y a trente ans, il aurait été le 3 500e sur la liste", a-t-il ajouté.

"Vous ne pouviez pas être un responsable nazi avant d'avoir 20 ans. Et ceux qui avaient 20 ans en 1940 en ont aujourd'hui 92", analyse de son côté Annette Wieviorka, historienne, interrogée par Le NouvelObs.com.

Pour Richard Odier, l'âge des criminels nazis a son importance. "Avec l'âge, les gens parlent plus facilement. Ils commencent à laisser des traces, alors qu'ils ont été vigilants pendant cinquante, soixante ans." 

Parce que les traqueurs aussi se font rares. "Nous arrivons à la fin d'une séquence, faute d''exécuteurs' comme dirait [l'historien américain Raul] Hilberg, faute de victimes, et même faute de traqueurs, puisque Simon Wiesenthal n'est plus là", poursuit Annette Wieviorka. 

Mort en 2005, Simon Wiesenthal, survivant des camps d'extermination, a consacré sa vie à la chasse aux nazis. "Il travaillait dans son bureau, découpait des coupures de journaux qu'il classait méticuleusement, comme le collectionneur obsessionnel qu'il était", a raconté au Figaro en octobre 2010 l'historien israélien Tom Segev, qui lui a consacré une biographie.

Même les époux Klarsfeld, eux aussi célèbres chasseurs de nazis, reconnaissent qu'"il reste très peu de criminels nazis en vie et en fuite".

Parce que les gouvernements ne coopèrent pas toujours. Ils ne lancent pas toujours des initiatives pour retrouver les criminels nazis. Et une fois arrêtés, leur extradition est parfois compliquée. "Dans la plupart des cas, un manque de volonté politique, plus que tout, anéantit les efforts réalisés pour traduire en justice les auteurs de l'Holocauste",souligne le centre Wiesenthal dans son rapport annuel.

L'exemple de l'arrestation de Laszlo Csatary est, à ce titre, parlant. Les informations le concernant ont été transmises par le centre Wiesenthal au parquet de Budapest à l'automne 2011. Pour autant, il n'a toujours pas été arrêté. "Je ne suis pas sûr qu'il y aura des suites judiciaires avec ce gouvernement conservateur", estime Serge Klarsfeld, interrogé lundi par l'Agence France-Presse. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, est critiqué pour ses positions, après un regain d'incidents antisémites en Hongrie au cours des derniers mois.