Populisme en Suède : "Un discours plus policé que celui prononcé en Autriche ou en Italie"

La droite populiste est déjà très présente en Norvège, en Finlande et au Danemark, rappelle le chercheur Cyril Coulet, interrogé sur la percée de l'extrême droite en Suède. 

Jimmie Akesson, dirigeant des Démocrates de Suède lors d\'un meeting de campagne à Stockholm, le 8 septembre 2018.
Jimmie Akesson, dirigeant des Démocrates de Suède lors d'un meeting de campagne à Stockholm, le 8 septembre 2018. (JONATHAN NACKSTRAND / AFP)

Le parti d'extrême droite Démocrates de Suède (SD) pourrait enregistrer un score sans précédent lors des élections législatives du dimanche 9 septembre. Cyril Coulet, chercheur, spécialiste des pays nordiques, explique la spécificité du populisme en Suède par "un caractère plus policé dans le discours, que ce que l'on peut voir en Autriche ou en Italie."

franceinfo : Le fameux "modèle suédois", progressiste, inventeur notamment de la social-démocratie, aurait donc vécu ?

Cyril Coulet : C'est plus complexe, puisque l'égalité, qui est cœur du projet social-démocrate, continue à être un marqueur fort de la Suède à l'international. C'est un pays qui se caractérise par une très grande proximité entre les groupes sociaux : on a peu d'écart de revenus, une société assez homogène. Ce qui est remis en question aujourd'hui, c'est le fondement de cette homogénéité : un État-Nation très fort.

Quelle serait, selon vous, la spécificité du populisme suédois, par rapport à un populisme autrichien ou italien ?

Ce que l'on retrouve, c'est un ethno-chauvinisme à nouveau très fort, qui n'est d'ailleurs pas spécifique à la Suède : on a dans l'espace nordique, en règle générale, une très forte présence de la droite populiste. Aujourd'hui, on a l'impression que l'attention des média est centralisée sur la Suède, alors qu'on a une droite populiste qui est au gouvernement en Norvège, en Finlande, et au Danemark, elle est la deuxième, voire, à terme, la première force politique. Au Danemark d'ailleurs, la droite populiste est le soutien de la coalition gouvernementale en cours. Peut-être que ce qui singulariserait la Suède, c'est une adaptation des thématiques de ces partis à ce qui est socialement acceptable par les électeurs, donc un caractère plus policé dans une partie du discours, que ce que l'on peut voir en Autriche ou en Italie.

Les partis politiques traditionnels ont-ils minimisé les questions relatives à l'immigration ?

L'immigration n'est pas un phénomène nouveau en Suède. Il n'est pas inutile de rappeler que le pays a une politique d'asile généreuse qui n'est pas récente - c'était le cas dès les années 1970 avec les réfugiés politiques chiliens, argentins ou vietnamiens - et a été particulièrement en pointe au moment de la guerre dans l'ex-Yougoslavie pour accueillir un très grand nombre de réfugiés politiques. Ce qui a changé, c'est le regard que la société suédoise a porté sur ces étrangers, et les partis traditionnels ont sans doute été pris de court par ce changement, notamment le parti socio-démocrate. Les partis traditionnels ont aussi été pris de court par la capacité qu'a un acteur comme les Démocrates de Suède à instrumentaliser les peurs résultant d'un contexte qui n'est pas seulement un contexte suédois.

On lit parfois que les racines de ce populisme en Suède seraient à chercher davantage dans une crise de confiance vis-à-vis de la politique en général, que dans l'économie, le chômage ou l'immigration. Est-ce exact ?

Ce qui est certain, c'est que les fondements économiques de la Suède sont bons. On ne peut donc pas établir de corrélation entre la situation économique de la Suède et la montée du populisme. Nous avons une ouverture du champ politique : on voit que de nouvelles formations politiques contemporaines peuvent émerger assez rapidement. Ce n'est pas un phénomène spécifiquement suédois, ou propre à notre époque. Après tout, les dernières élections françaises ont témoigné d'une certain plasticité de notre champ politique.