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Nouvelle donne en Iran... même sur Internet ?

Entre la "tweetdiplomatie" du nouveau président Hassan Rohani, l'accès libre aux réseaux sociaux pendant quelques heures le mois dernier ou encore les mouvements à la tête de l'autorité officielle chargée de la censure du web, la libération d'Internet pourrait être l'une des facettes du nouveau visage affiché par le pouvoir iranien.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
  (Twitter)

Décidément, Hassan Rohani est devenu depuis quelques
semaines un accro au réseau social Twitter. Après son échange historique et cordial
avec Barack Obama
, le nouveau président iranien a été interpellé hier par l'un
des fondateurs du réseau social. "Bonsoir, président. Les Iraniens
sont-ils capables de lire vos tweets ?
", demande Jack Dorsey. Réponse du
président iranien : "Bonsoir, mes efforts ont pour but d'assurer à mon
peuple d'avoir confortablement accès à l'information de manière générale, comme
c'est leur droit
". 

Un échange qui montre la volonté affichée d'ouverture du
nouveau pouvoir iranien. Car Internet est un enjeu très politique en Iran. Après
la "Révolution verte" de 2009 suite à la réélection de Mahmoud
Ahmadinejad, les autorités ont mis en place un large système de censure du Web.
Baptisé Filternet, il empêche les internautes iraniens d'accéder aux réseaux
sociaux, aux sites pornographiques et d'autres pages jugées immorales ou contraires
aux principes de la république islamique.

Mais depuis l'élection d'Hassan Rohani, plusieurs éléments
pourraient faire penser que le régime lâche la bride sur Internet : la tweetdiplomatie
du président iranien, la plupart des ministres ont désormais un compte sur
Facebook et Twitter ou encore le retour
de certains sites réformistes bannis sous l'ère Ahmadinejad. Le 16 septembre
dernier, Filternet a même disparu des écrans radars. Résultat : des messages de
joie postés sur Facebook et Twitter. 

Las, Filternet est remis sur les rails quelques heures plus
tard. Les autorités iraniennes ont invoqué un bug informatique mais des
"sources officielles" citées dans le L.A. Times affirment qu'il
s'agit plutôt du résultat d'un conflit au sein du pouvoir iranien.

Deux tendances à Téhéran

"Il y a
deux tendances chez les dirigeants,
confirme Yann Richard, spécialiste de l'Iran à la Sorbonne Nouvelle. La première a tendance à dire qu'il faut
préserver l'identité des musulmans iraniens de toute pollution étrangère.
L'autre tendance, celle des réformateurs, affirme plutôt : nous sommes plus
forts que les autres et nous avons quelque chose de spécifique à proposer au
monde extérieur. Hassan Rohani est plutôt sur cette ligne
".

Signe de cette lutte en cours et de son importance politique,
Hassan Rohani a récemment remercié le chef du Haut Conseil aux espaces virtuels
pour y mettre l'un de ses proches. Mais pour Thierry Coville, chercheur associé
à l'Iris, "le gouvernement iranien cherche surtout à faire passer un
message à la population jeune et très friande des nouvelles technologies. Il ne
s'agit pas de mettre un terme à la surveillance des réseaux sociaux mais de
montrer que le pouvoir se dirige vers la modernité
".

Le pays le plus connecté de la région

De toute façon, pour le chercheur, "le contrôle
d'Internet en Iran est perdu d'avance et les autorités le savent pertinemment
".
Avec un taux de pénétration d'Internet de plus de 40% sur une population de plus
de 70 millions de personnes; l'Iran est le pays le plus connecté de la région. Pour
contourner la censure, la plupart des internautes iraniens utilisent déjà des
VPN, un dispositif qui permet de localiser son ordinateur en dehors des
frontières.

Mais cette protection reste précaire. En novembre 2012, un blogueur nommé
Sattar Beheshti a été arrêté pour avoir posté des commentaires "contraires
à la sécurité nationale sur Facebook
", d'après The Atlantic. Le jeune
homme est mort en détention.

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