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Première rencontre des chefs des Eglises catholique et orthodoxe depuis 1000 ans

Préparée dans le plus grand secret, en raison de réticences vaticanes, la première rencontre entre les chefs des églises catholique et orthodoxe depuis près de mille ans, aura lieu en «territoire neutre» à Cuba. Au cœur des entretiens du pape François et du patriarche de Moscou, Kirill, la grande réconciliation entre les deux églises mais aussi l’avenir des chrétiens d’Orient et la crise syrienne.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, annonçant officiellement, le 5 février 2016, la rencontre du pape François et du patriarche orthodoxe russe Kirill 1er, à Cuba.  (VINCENZO PINTO / AFP)

«Je viens où tu veux. Tu m’appelles et je viens», tel est le message que le pape François, déterminé à réconcilier les églises chrétiennes, avait fait parvenir en 2014 à Kirill 1er, chef de l’église orthodoxe de Moscou, par le truchement du primat orthodoxe de Constantinople, Bartholoméos.
 
Des retrouvailles chrétiennes en terrain neutre
Séparés depuis le grand schisme de 1054, les chefs de l’église catholique de Rome, 1,2 milliard de baptisés, et de l’église byzantine, 250 millions d’orthodoxes, vont donc se retrouver pour la première fois en «lieu neutre», selon Federico Lombardi porte-parole du Vatican : Cuba.
 
Récemment revenue dans le concert des Nations, avec l’ouverture aux Américains et aux Européens, l’île des frères Fidel et Raul Castro bénéficie en effet des faveurs de «l’évêque latino de Rome», François, de son vrai nom argentin Jorge Mario Bergoglio, qui a œuvré à ces rapprochements.
 
Outre les liens historiques avec l’ex-URSS, elle a également l’agrément du patriarcat orthodoxe de Moscou, en charge de 130 millions d’âmes, qui «se reconnaît davantage dans une Amérique latine plus religieuse que l’Europe», selon le journal La Croix.

Raul Castro raccompagnant le pape François à l'aéroport de Santiago de Cuba le 22 septembre 2016. Le président cubain s'est dit très «honoré» d'accueillir à la Havane la rencontre historique entre le patriarche orthodoxe de Moscou et le chef de l'église catholique. (AFP PHOTO / OBSERVATORE ROMANO )

Le pape François prend tout le monde au dépourvu 
Prenant tout le monde au dépourvu, la rencontre entre les deux hommes d'église devrait durer deux à trois heures, le 12 février 2016, et déboucher sur la signature d’une déclaration de La Havane. Un texte «historique» de six pages, dont chaque mot a été pesé pour éviter la perpétuation ou l’apparition de nouveaux schismes.
 
Pour le pape François,qui a parlé à deux reprises de «troisième guerre mondiale, combattue par morceaux, avec des crimes, des massacres et des destructions», cette rencontre a deux objectifs majeurs : l’œcuménisme et la paix mondiale.
 
Un rendez-vous, autant religieux que géopolitique, pour évoquer les persécutions des chrétiens, de la Syrie au Nigeria, et la lutte contre le radicalisme islamiste qui les cible en tant que tel et non en tant que catholiques, orthodoxes, protestants ou anglicans.

Le chef de l'église catholique fait le choix de la realpolitik 
Au centre des entretiens, l’avenir des chrétiens d’Orient en particulier, tués, expropriés, pourchassés ou terrorisés en Irak, en Syrie et au Liban. Las de répéter les mêmes appels, le chef du Vatican fait donc à son tour le choix de la realpolitik en se tournant vers Moscou.
 
Il a déjà reçu deux fois au Vatican Vladimir Poutine, l’allié de Bachar al-Assad, responsable de près de 300.000 morts dans son pays et qui se pose lui-même en protecteur des chrétiens de Syrie.  
 
Devenu incontournable sur la scène syrienne, le président russe a l’avantage de bénéficier du soutien sans faille du chef de la communauté orthodoxe russe.
Aligné sur la politique du Kremlin, le patriarche orthodoxe de Moscou reçoit un bouquet de fleurs des mains de Vladimir Poutine, le 1er février 2016, à l'occasion du septième anniversaire de son sacre. (AFP PHOTO / SPUTNIK / ALEXEI NIKOLSKY)


Le chef de l'église orthodoxe russe fait le choix de Poutine
Le patriarche Kirill avait demandé en septembre 2013 au président américain d’écouter «les voix des religieux qui s’opposent à toute interférence militaire dans le conflit syrien», avant de soutenir sans réserve, un an plus tard, «la décision responsable de la Russie d’avoir recours à ses forces armées pour protéger le peuple syrien des malheurs causés par l’arbitraire des terroristes».
 
A défaut de sceller une introuvable unité chrétienne, la rencontre de La Havane pourrait peut-être aider à assouplir la politique du Kremlin dans une région du monde devenue plus explosive que jamais.
Une mince lueur espoir soufflée par le père Alexandre Volkov, porte-parole du patriarche russe. «Je peux vous garantir à 100% que c'est une rencontre entre deux chefs d'Eglise qui n'a rien à voir avec la politique», a-t-il prévenu, trois jours avant les retrouvailles.

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