Nadia Murad et Lamia Haji Bachar «honorées» de recevoir le prix Sakharov 2016

Les lauréates du prix Sakharov 2016, Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, jeunes femmes yézidies, se disent honorées de cette distinction et encouragées dans leur combat pour que l’Etat islamique soit «jugé pour ses crimes contre les minorités vulnérables, en particulier les femmes et les filles».

Nadia Murad prix Sakharov 2016
Nadia Murad prix Sakharov 2016 (MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

«Cette récompense est un message puissant (...) à notre peuple et aux plus de 6.700 femmes, filles et enfants devenus des victimes de l'esclavage et du trafic d'êtres humains de l'EI (Daech, Isis), disant que le génocide ne se répétera pas», a réagi Nadia Murad, lauréate du prix Sakharov 2016 avec Lamia Haji Bachar.
 
La jeune femme de 23 ans, nommée mi-septembre ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains, milite pour que les  persécutions commises en 2014 contre les Yézidis soient considérées comme un génocide. 
 
Son histoire rejoint celles de nombreuses Yézidies tombées entre les mains des combattants de Daech. Enlevée de son village de Kocho, près de Sinjar (nord de l'Irak) en août 2014, elle a été emmenée à Mossoul, ville contrôlée par l'Etat islamique. Soumise à des viols collectifs par les combattants de l'EI, Nadia Murad Basee Taha a été vendue à plusieurs reprises comme esclave sexuelle.
 

Adeptes d'une religion pré-islamique en partie issue du zoroastrisme, les Yézidis considèrent notamment le diable comme le chef des anges qu'ils représentent par le paon, ce qui leur vaut d'être qualifiés d'«adorateurs du diable». Le nombre de Yézidis d'Irak, ni Arabes, ni musulmans, est estimé entre 100.000 et 600.000.
 
Le calvaire de Lamia Haji Bachar, 18 ans, elle aussi originaire de Kocho et enlevée lorsqu'elle avait 16 ans, ressemble tragiquement à celui de Nadia Murad.


Pendant ses 20 mois de captivité, elle a tenté de s'échapper à maintes reprises. Lorsqu'elle y parvient finalement, la jeune fille tombe dans les mains d'un directeur d'hôpital irakien qui abuse également d'elle. Elle parvient à s'enfuir à nouveau avec plusieurs compagnons. Alors qu'ils traversent un champ de mines, l'une de ses amies est tuée par l'un des engins tandis que Lamia est grièvement blessée, explique Mirza Dinnayi, fondatrice de l'organisation germano-irakienne Air Bridge Iraq, qui s'occupe de la jeune fille depuis son arrivée en Allemagne cette année.
 
Le visage de Lamia, dont la peau est brûlée, porte les stigmates de l'explosion qui a aussi emporté son œil droit. Moins en vue, Lamia vit avec sa sœur dans le sud de l'Allemagne où elle se reconstruit après les horreurs infligées par l'organisation djihadiste Etat islamique. Elle voudrait devenir institutrice et rester dans son pays d'accueil.