Koweït, Arabie Saoudite: les «bidoun», sans-papiers de la Péninsule arabique

Au Koweit ou en Arabie Saoudite, les «bidoun», littéralement «sans nationalité», souffrent de marginalisation et alimentent les clichés. Pour la plupart descendants de bédouins sillonnant la Péninsule arabique, ils vivent sans papiers et sont interdits d’école, de soins, quand ils ne sont pas accusés de tous les maux…

Manifestation d\'apatrides qui demandent la citoyenneté à Jahra, à 50 km au nord-ouest de la ville de Koweït, le 6 janvier 2012. 
Manifestation d'apatrides qui demandent la citoyenneté à Jahra, à 50 km au nord-ouest de la ville de Koweït, le 6 janvier 2012.  ( AFP PHOTO / Yasser AL-ZAYYAT)
Ainsi, début septembre au Koweït, selon Global Voices, «plus de 1000 écoliers issus de la communauté bidoun ont attendu devant les grilles de leur école en pleurant car on ne leur a pas permis d'entrer avec leurs camarades. La raison ? Une absence d'extrait de naissance.» Et le site d’ajouter : «Les adultes bidoun, quant à eux, passent souvent pour des criminels. A chaque fois qu'un crime très médiatisé implique des personnes sans papiers, on conclut en disant que c'est conforme aux comportements des “barbares bidoun”. Ces clichés justifient ainsi le traitement inéquitable dont ces apatrides font l'objet.»
 
Des lois non suivies d’effet
En 2011, Human Rights Watch estimait qu’ils étaient 106.000 dans le pays dont 34.000 étaient éligibles à la nationalité koweïtienne. 42.000 avaient la nationalité irakienne et 26.000 les nationalités saoudienne, iranienne, jordanienne et syrienne. Les 4.000 restants n'en avaient aucune connue.
 
Selon Nawaf al-Bader, secrétaire général du Comité koweïtien des bidoun, l'émirat compte au moins 150.000 apatrides, y compris 40.000 à 50.000 non recensés par les autorités qui les traites «comme des immigrants illégaux» et leur reprochent, selon un diaporama du Monde, «de ne pas avoir demandé la nationalité koweïtienne après l’indépendance du pays en 1961».
 
Auparavant, rien ne les obligeait à posséder une pièce d'identité. Et ceux qui représentent quelque 30% de la population étaient considérés jusqu’en 1985 comme des citoyens koweïtiens avant la promulgation d’une loi ouvrant la porte à la notion de «résidents illégaux».
 
Si le Parlement vote chaque année des lois autorisant l'exécutif à naturaliser jusqu'à 4.000 apatrides, la plupart de ces lois restent sans suite.

Les apatrides, connus localement sous le nom de «bidoun», exigent la nationalité koweïtienne et appellent à la fin du racisme et de l\'injustice, lors d\'une manifestation à Jahra, à 50 km au nord-ouest de la ville de Koweït, le 25 janvier 2013.
Les apatrides, connus localement sous le nom de «bidoun», exigent la nationalité koweïtienne et appellent à la fin du racisme et de l'injustice, lors d'une manifestation à Jahra, à 50 km au nord-ouest de la ville de Koweït, le 25 janvier 2013. (YASSER AL-ZAYYAT / AFP)

 
Et s’ils devenaient Comoriens…
Pour les autorités koweïtiennes, la plupart des «bidoun» ou leurs ancêtres sont entrés illégalement au Koweït. Ils ont ensuite détruit leurs passeports et ont prétendu qu'ils étaient koweïtiens dans le seul but de bénéficier de la sécurité sociale qui garantit notamment un logement gratuit.
 
Pour régler le problème, le gouvernement leur a proposé de prendre la citoyenneté… comorienne, comme l’ont fait les Emirats arabes unis. Un arrangement a été trouvé avec l'archipel de l'océan indien pour offrir aux «bidoun» «la citoyenneté économique» et des avantages, dont un titre de séjour au Koweït, la gratuité de l'éducation et des soins ainsi que le droit à l'emploi. Une opération évaluée à plusieurs milliards de dollars, selon une source internet relayée par l’AFP, le 10 novembre 2014.
 
De leur côté, les «bidoun» estiment qu’ils ont le droit de réclamer la nationalité de l’émirat, après y avoir vécu pendant des années. Depuis trois ans, ils manifestent régulièrement pour demander nationalité et accès aux services publics. Au cours de ces manifestations, des centaines de participants ont été arrêtés, certains sont encore en prison. En avril 2014, un député koweïtien a proposé d'envoyer les protestataires, reconnus coupables d'atteinte à la sécurité, dans un camp en plein désert.
 
Pas mieux lotis en Arabie Saoudite
Ryad a naturalisé en 2001 des membres des grandes tribus (Chammar et Anza). Malgré ce, le pays compte aujourd’hui encore, selon l’ONU, quelque 70.000 apatrides, dont des groupes d'origine yéménite déchus de la nationalité saoudienne en représailles au soutien du Yémen à l'Irak de Saddam Hussein lors de son invasion du Koweït en 1990.
 
Ils n’ont pas de papiers d’identité, mais une «carte noire», avec un numéro d'identification national. Imposée dans les années 70 et renouvelable tous les cinq ans à Hafr al-Baten, à 490 km au nord-est de Ryad, elle donne accès aux hôpitaux, aux banques ou aux administrations (sans elle, pas de mariage légal, par exemple).
 
On l’aura compris, sans identifiant, les «bidoun» n’ont aucune existence administrative et ne peuvent pas sortir du pays, devenir propriétaires voire acheter une 2e voiture s'ils ont réussi à en obtenir une... ce qui arrive régulièrement pour les détenteurs du précieux sésame : en effet, son renouvellement prend souvent des mois durant lesquels les «bidoun» n’ont plus accès à leurs comptes et n’ont en théorie plus le droit de conduire.