Mort de Kofi Annan : Philippe Douste-Blazy salue "un homme qui s'est toujours mis à la disposition des peuples du monde"

Philippe Douste-Blazy, conseiller spécial de l’actuel secrétaire général des Nations unies, réagi sur franceinfo samedi 18 août après la mort de Kofi Annan survenue à dans un hôpital de Berne, en Suisse, dans la matinée.

Philippe Douste Blazy, conseiller spécial de l’actuel secrétaire général des Nations unies.
Philippe Douste Blazy, conseiller spécial de l’actuel secrétaire général des Nations unies. (SALVATORE DI NOLFI / KEYSTONE)

La mort samedi de l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan suscite "beaucoup de peine", a réagi Philippe Douste-Blazy, conseiller spécial de l’actuel secrétaire général des Nations unies, António Guterres au micro de franceinfo.


franceinfo : vous étiez ministre des Affaires étrangères jusqu'en 2007 et vous êtes depuis 2008 conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour les financements innovants. Quelle a été votre première réaction en apprenant sa disparition ?

Philippe Douste-Blazy : Beaucoup de peine d'abord parce que c'était un grand homme, un grand monsieur. Un homme qui s'est mis toujours à la disposition des peuples du monde et pas uniquement des grandes puissances, c'est ça qui m'aura marqué. Kofi Annan, pour moi, c'est les Nations unies, c'est-à-dire un Ghanéen qui a été l'un des rares, si ce n'est le seul secrétaire général, qui a fait toute sa carrière uniquement aux Nations unies. Il a commencé comme fonctionnaire de base et il s'est hissé progressivement numéro 2, numéro 3. Il a été l'homme qui a géré l'invasion de l'Irak au Koweït, c'est lui qui était responsable aussi récemment sur le sujet syrien. C'est l'homme qui n'a pas eu peur aussi de dire aux Etats-Unis que les grandes puissances ne sont pas là seulement pour aider les peuples riches mais tous les peuples. Et puis permettez-moi une remarque : pour moi, c'est une grande pensée pour Jacques Chirac, parce que c'étaient de très grands amis. Le président Chirac et Kofi Annan étaient des amis et partageaient la même vision du monde. Je pense que le président Chirac aujourd'hui doit être particulièrement triste.

Il a donné un visage aux Nations unies, il était une figure populaire ?

C'était une figure populaire. D'abord, il vous souriait en permanence dans une sorte de grande classe physique, mais lorsqu'il avait décidé quelque chose personne n'osait remettre en cause ce qu'il avait décidé. Donc c'est quelqu'un qui était, malgré une gentillesse apparente, quelqu'un d'assez autoritaire.

Il était aussi salué pour sa bienveillance, un homme apprécié par ses employés au sein des Nations unies ?

Oui, il a commencé à l'OMS, puis à la Commission économique, à la force d'urgence des Nations unies, et au Haut-Commissariat pour les réfugiés … il est passé partout donc il connaissait mieux que personnes les Nations unies, c’est-à-dire ces milliers de femmes et d'hommes qui ont un rêve qui est que les peuples puissent se parler quelque part. Il avait lui-même d'ailleurs une sorte de testament politique pour les Nations unies : demander l'élargissement du conseil de sécurité. En disant que par exemple il n'est pas normal que l'Afrique, qui va bientôt être responsable de plus de 80% de la démographie mondiale, ne soit pas présente au conseil de sécurité.

Il connaissait très bien l'ONU, mais aussi ses limites. Lui-même a reconnu que son bilan était mitigé. Peut-on dire qu'il avait conscience aussi d'une certaine forme d'échec ?

Souvent on dit "Mais que font les Nations unies ?", "Ca sert à quoi les Nations unies ?", quand on voit des drames comme en Syrie… Mais il ne faut pas oublier que les Nations unies sont formées par les nations et non par les chefs d'Etats, et donc l'action des Nations unies, ce n'est que la somme qui résulte de la volonté des chefs d'Etats. Et si vous avez un chef d'Etat qui dit non, tout s'arrête. Donc le secrétaire général n'est pas un homme magique qui a une armée derrière lui, il met des chefs d'Etat autour de lui et si un ou deux ne veulent rien entendre d'un sujet et bien ça ne marche pas. Lui-même était catastrophé de voir qu'on ne pouvait pas résoudre les problèmes rapidement. Lors de la guerre d'Irak lorsque la France a dit non, il a essayé de pousser vers la non-intervention et a eu des retours terribles des États-Unis ensuite.