"Les Migrations pour les nuls" rédigé par un auteur très marqué à droite

Le livre est sorti jeudi en librairie. Les éditions First sont critiquées car son auteur, Jean-Paul Gourévitch, est souvent cité par l'extrême droite.

L\'universitaire et essayiste Jean-Paul Gourévitch, à Paris, le 2 mars 2009.
L'universitaire et essayiste Jean-Paul Gourévitch, à Paris, le 2 mars 2009. (BALTEL / SIPA)

La célèbre collection Pour les nuls s'enrichit, jeudi 11 septembre, d'un nouvel ouvrage : Les Migrations pour les nuls. Sauf que le livre fait polémique à cause de son auteur, Jean-Paul Gourévitch. Ce docteur en sciences de la communication, auteur de livres sur l'Afrique et d'ouvrages pour enfants, a été cité à de nombreuses reprises par la présidente du Front national, Marine Le Pen, et d'autres groupes à droite de la droite, comme le rapportaient Les Inrocks en 2012.

"L'auteur est un spécialiste du sujet, il est consultant international", réagit une porte-parole des éditions First. "J'ai voulu rassembler toute la documentation existante de la façon la plus correcte, précise et objective possible", explique à l'AFP Jean-Paul Gourévitch, qui s'est exprimé dans des réunions organisées en 2010 par le Bloc identitaire et l'association Riposte laïque, ou dans un entretien au site Egalité et Réconciliation de l'essayiste d'extrême droite Alain Soral. "Je suis vraiment indépendant de tout, je ne roule pour personne", se défend l'auteur, affirmant vouloir lutter contre "la désinformation", les idées reçues "des bien-pensants de droite ou de gauche".

Des conclusions et un vocabulaire contestés

Dans le livre de 400 pages, il mêle lexique, chiffres et digressions sur la prostitution, l'"islamisation" ou l'insécurité. Il revient longuement sur cette question et conclut à un "surcoût" de l'immigration de 8,9 milliards d'euros par an pour le budget de la France. Il s'interroge aussi sur la rentabilité des "investissements" liés à l'immigration, dans lesquels il fait figurer pêle-mêle l'aide au développement, la rénovation des quartiers sensibles et les subventions aux associations antiracistes.

"C'est un calcul impossible, estime l'historien Benjamin Stora, président du Musée de l'histoire de l'immigration. L'immigration participe aussi du rayonnement de la France dans le monde, sur le plan de la culture, des affaires, de la diplomatie…" Et l'évaluation de l'impact économique de l'immigration peut varier considérablement selon les données prises en compte, soulignait Libération en 2013.

"Il y a une manipulation des chiffres, estime Virginie Guiraudon, directrice de recherches au Centre d'études européennes de Sciences Po. On ne sait jamais d'où ils viennent, à quoi ils se rapportent." Selon la sociologue, Jean-Paul Gourévitch "utilise aussi des termes qui n'ont aucune rigueur scientifique, par exemple 'migration prénatale', comme si les fœtus décidaient de migrer"

"Lepénisation des esprits"

"Des parties entières du livre ne portent pas sur les migrations mais sur des sujets comme la délocalisation des services ou l'islamisation, ajoute Virginie Guiraudon. Ça alimente un discours anti-immigrés et anti-élites qui profite à l'extrême droite."

François Héran, directeur de recherche à l'Institut national des études démographiques (Ined), insiste sur la responsabilité de l'éditeur : "Le fait qu'un auteur comme celui-là soit chargé d'un livre d'initiation dans une collection aussi populaire est un signe révélateur de la lepénisation des esprits."