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Les 4 plus hauts responsables khmers rouges encore en vie, jugés notamment pour génocide, comparaissent depuis lundi

Les quatre accusés, âgés de 79 à 85 ans, comparaissent devant le tribunal parrainé par l'ONU.Ils devront s'expliquer sur la mise en oeuvre méthodique, entre 1975 et 1979, d'une utopie marxiste qui a tué de famine ou à la suite de tortures et d'exécutions quelque 2 millions de personnes, soit un quart de la population du Cambodge de l'époque.
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Dans le box des accusés, l'idéologue des Khmers rouges, "Frère numéro deux", Nuon chea (AFP - ECCC - Mark PETERS)

Les quatre accusés, âgés de 79 à 85 ans, comparaissent devant le tribunal parrainé par l'ONU.

Ils devront s'expliquer sur la mise en oeuvre méthodique, entre 1975 et 1979, d'une utopie marxiste qui a tué de famine ou à la suite de tortures et d'exécutions quelque 2 millions de personnes, soit un quart de la population du Cambodge de l'époque.

Trente après les faits, l'idéologue du régime de Pol Pot ou "Frère Numéro Deux" Nuon Chea, le ministre des Affaires étrangères Ieng Sary, le président du "Kampuchea démocratique" Khieu Samphan et la ministre des Affaires sociales Ieng Thirith répondent de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Les quatre accusés âgés de 79 à 85 ans, visiblement fatigués, étaient présents dans le box des accusés à l'ouverture du procès. Mais seul Khieu Samphan était toujours présent à l'audience dans l'après-midi, les juges ayant refusé de l'excuser. Les autres ont quitté la salle pour raisons de santé ou, dans le cas de Nuon Chea, en signe de protestation.

"Je ne suis pas content de cette audience", a déclaré le "frère numéro deux", lunettes noires et bonnet de laine blanc et bleu enfoncé sur la tête, avant de quitter la salle.
"L'enquête judiciaire a été tellement injuste que l'ensemble du dossier devrait être arrêté", a estimé son avocat, Michiel Pestman.

Une attitude conforme aux prédictions des observateurs qui redoutaient que les accusés, rejetant toutes les accusations, refusent de coopérer avec le tribunal. Les quelque 4000 parties civiles craignent également par dessus tout que certains des accusés ne vivent assez longtemps pour entendre le verdict.

Les quatre responsables, arrêtés en 2007, devront s'expliquer sur la mise en oeuvre méthodique et calculée, entre 1975 et 1979, sur la mort de quelque deux millions de personnes d'épuisement, de famine, de maladie ou à la suite de tortures et d'exécutions. Soit un quart de la population du Cambodge de l'époque.

Le terme de génocide est communément utilisé pour évoquer cette période, mais les atrocités commises contre la population khmère ne sont pas reconnues comme tel par l'ONU. Ce chef d'accusation ne concerne donc que le massacre des Vietnamiens et de la minorité ethnique des Chams musulmans.

"Ces quatre personnes qui sont accusées d'être les cerveaux (du régime) sont enfin jugées et les Cambodgiens attendent des réponses et la justice", a estimé Lars Olsen, porte-parole de la juridiction hybride, mise en place en 2006 après des années de tergiversations. Des centaines de Cambodgiens avaient d'ailleurs fait le déplacement pour voir leurs anciens bourreaux dans le box des accusés et l'audience était en partie retransmise à la télévision.

"Nous espérons obtenir justice", a déclaré Vann Nath, un rescapé. "Je veux que le tribunal condamne les quatre dirigeants à la perpétuité", a renchéri Khem Nareth, 56 ans, qui a perdu sa mère et son frère dans les massacres.

Un procès d'une importance capitale
"Il n'y a jamais eu d'affaire aussi importante et aussi complexe depuis Nuremberg", avait déclaré il y a quelques jours le co-procureur international Andrew Cayley, en référence aux procès des dirigeants nazis après la Seconde guerre mondiale.

"C'est le procès le plus important que connaîtra jamais" le tribunal parrainé par l'ONU, juridiction hybride mise en place en 2006 après des années de tergiversations, avait-il ajouté.

Ce procès tranche avec les autres juridictions internationales exceptionnelles de part le monde, en ce qu'il est organisé sur le lieu même des atrocités jugées. A l'inverse notamment du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (La Haye) et du TPI pour le Rwanda (Arusha, Tanzanie).

De lundi à jeudi, ces audiences préliminaires seront consacrées à des questions de procédure, notamment les listes de témoins. Avant une suspension pour quelques semaines d'un procès qui doit durer des années.

Les observateurs et les quelque 4.000 parties civiles redoutent par dessus tout que certains des accusés ne vivent assez longtemps pour entendre le verdict, et que leur défense ne se concentre sur une stratégie d'obstruction.

Les premiers témoignages des quatre anciens responsables, en détention dans un bâtiment attenant au tribunal depuis leur arrestation en 2007, ne sont attendus qu'au plus tôt en août.

Même s'ils ont déjà été jugés coupables par l'Histoire, ils devraient rejeter toutes les accusations portées contre eux, même si certains ont reconnu les faits par le passé. Comme Nuon Chea, qui dans un récent documentaire, a admis le massacre de "traîtres" qui n'avaient pu être "rééduqués" ni "corrigés".

Lors de son premier procès, le tribunal a condamné en juillet 2010 à 30 ans de prison Kaing Guek Eav, alias "Douch", ancien chef de la prison de Tuol Sleng où 15.000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées.

Douch, qui a fait des aveux complets et demandé pardon aux victimes, a finalement demandé son acquittement en appel, assurant ne pas avoir été un haut responsable du régime. Un jugement est attendu dans les prochaines semaines.

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