Le massacre du 28 septembre dans un stade de Conakry "constitue vraisemblablement des crimes contre l'humanité"

Un jugement que l'on trouve en conclusion du rapport détaillé sur les faits, publié jeudi par l'ONG américaine Human Rights Watch.Pour HRW, le chef de la junte au pouvoir en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, est impliqué dans ce massacre (entre 150 et 200 morts, plus de 1400 blessés).

Une femme crie sa douleur devant la grande mosquée de Conakry le 2 octobre 2009, à la suite du massacre du 28 septembre
Une femme crie sa douleur devant la grande mosquée de Conakry le 2 octobre 2009, à la suite du massacre du 28 septembre (AFP PHOTO / SEYLLOU)

Un jugement que l'on trouve en conclusion du rapport détaillé sur les faits, publié jeudi par l'ONG américaine Human Rights Watch.

Pour HRW, le chef de la junte au pouvoir en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, est impliqué dans ce massacre (entre 150 et 200 morts, plus de 1400 blessés).

Des militaires avaient ouvert le feu sur une foule rassemblée dans le grand stade de la capitale pour protester contre le pouvoir, qui se trouve aux mains de l'armée.

HRW met également directement en cause Aboubakar Sidiki Diakité dit Toumba, l'aide de camp de Camara qui, le 3 décembre, a blessé le président en lui tirant dessus. Le dictateur, atteint à la tête, a été hospitalisé au Maroc. Son état de santé est tenu secret. Selon certaines informations, il serait entre la vie et la mort. Toumba, en fuite, a déclaré mercredi sur RFI avoir tiré sur le chef de la junte parce que ce dernier l'avait "trahi" en voulant lui "faire porter l'entière responsabilité".

Des témoignages accablants
Pour l'ONG, "l'échelle et le niveau d'organisation de ces crimes laissent fortement penser que les attaques étaient généralisées et systématiques". Elle dit avoir interrogé "240" personnes, et examiné des photographies et des vidéos.

Le rapport décrit "comment des soldats ont abattu des manifestants paniqués qui tentaient de fuir en escaladant les murs d'enceinte, ont tiré à bout portant sur des manifestants qui essayaient de se cacher dans des galeries, des toilettes ou sous des sièges, et ont massacré d'autres personnes après leur avoir assuré qu'elles pourraient sortir en toute sécurité".

Selon les témoignages, "les agressions sexuelles ont commencé quelques minutes après l'entrée des forces de sécurité dans le stade". Pendant les viols, des soldats, des "bérêts rouges" de la garde présidentielle, ont tenu des "propos racistes" contre les femmes peulhes. "Des témoins ont affirmé avoir vu au moins quatre femmes et jeunes filles se faire tuer pendant qu'elles étaient violées ou immédiatement après. Une femme a été tuée d'une balle dans le vagin alors qu'elle était allongée sur le dos au milieu du stade, suppliant qu'on épargne sa vie", rapporte Human Rights Watch.

A en croire le document, Toumba "a mené le groupe des bérets rouges qui a battu et arrêté les leaders de l'opposition et a personnellement assisté au viol de nombreuses femmes sans intervenir pour mettre fin aux violences".

De nombreux corps auraient été dissimulés par les assassins.

Après le massacre, ceux-ci ont procédé à de nombreuses arrestations arbitraires. Les domiciles de trois dirigeants de l'opposition ont été mis à sac. Des journalistes ont été menacés de mort pour qu'ils ne racontent pas ce qu'ils ont vu dans le stade, selon HRW.

L'organisation non gouvernementale préconise de conclure l'enquête internationale et de maintenir l'embargo sur les armes imposé par l'Union européenne et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Elle regrette par ailleurs le soutien économique et diplomatique apporté par la Chine et la Libye qui "vient entacher la réponse internationale quasiment unanime".