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Laurent Gbagbo, arrêté lundi par les forces de Ouattara, a souhaité sur TCI, la TV de Ouattara, "qu'on arrête les armes"

L'ex-chef d'Etat ivoirien a demandé "qu'on rentre dans la partie civile de la crise", dans une déclaration diffusée quelques heures après son arrestation à Abidjan.Alassane Ouattara, président internationalement reconnu de Côte d'Ivoire, a annoncé lundi le lancement d'une "procédure judiciaire contre Laurent Gbagbo et son épouse ".
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France Télévisions
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Laurent et Simone Gbagbo, à l'hôtel du Golf, après leur arrestation, le 11 avril 2011 à Abidjan. (AFP PHOTO / STR)

L'ex-chef d'Etat ivoirien a demandé "qu'on rentre dans la partie civile de la crise", dans une déclaration diffusée quelques heures après son arrestation à Abidjan.

Alassane Ouattara, président internationalement reconnu de Côte d'Ivoire, a annoncé lundi le lancement d'une "procédure judiciaire contre Laurent Gbagbo et son épouse ".

La procédure concerne également les collaborateurs du président sortant. Alassane Ouattara a affirmé que "toutes les dispositions sont prises" pour assurer leur "intégrité physique". Lors de sa première allocution télévisée, il a affirmé que le pays était "à l'aube d'une nouvelle ère d'espérance".

Alassane Ouattara a appelé les Ivoiriens à "s'abstenir de tout acte de représailles ou de violences", réitérant sa "volonté" de créer une "commission vérité et réconciliation" pour faire la lumière sur les violations des droits de l'Homme.


Laurent Gbagbo arrêté

Laurent Gbagbo, 65 ans, au pouvoir depuis 2000, s'est rendu lundi vers 13H00 (locales et GMT) en compagnie de son épouse Simone, après une offensive menée par les FRCI de M. Ouattara grâce à l'appui décisif des puissants moyens aériens et blindés de la force française Licorne et de celle de l'ONU (Onuci).

Il se trouvait retranché dans sa résidence de Cocody face à l'offensive des forces pro-Ouattara entrées dans Abidjan le 31 mars et qui contrôlent le Nord du pays.

Sitôt connue l'arrestation du président battu Laurent Gbagbo, le Premier ministre du nouveau président ivoirien Ouattara, Guillaume Soro a appelé au ralliement les forces armées fidèles à l'ex-chef d'Etat Laurent Gbagbo, dans un discours diffusé par la télévision pro-Ouattara.

Une télévision a diffusé des images de l'ex-chef de l'Etat Laurent Gbagbo, visiblement fatigué, peu après son arrestation lundi. Des images montrent son épouse Simone le visage hagard. Selon un membre des FRCI, ses premiers mots lors de son arrestation par des commandants pro-Ouattara auraient été: "Ne me tuez pas"."Les chefs de la rébellion convoyés sur place par les forces françaises ont pénétré dans la résidence avec des chars", selon le camp Gbagbo (voir .

Plusieurs membres du clan Gbagbo ont été malmenés à leur arrivée au Golf Hôtel, échappant de justesse au lynchage.

L'ONU a fait savoir que la sécurité des époux Gbagbo est assurée par des gendarmes de l'ONU. L'ambassadeur de Côte d'Ivoire à l'ONU, Youssoufou Bamba, a annoncé pour sa part que Laurent Gbagbo sera présenté devant la justice pour être jugé. "Le cauchemar est terminé pour le peuple de Côte d'Ivoire, il y a beaucoup de joie" a-t-il conclu.

Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, et l'état-major des armées se sont attachés lundi à démontrer que cette arrestation avait été une affaire entre Ivoiriens, à laquelle la France a apporté un simple "concours" à la demande de l'ONU. "Dans cette affaire, il s'agit d'un président ivoirien recevant la reddition de son prédécesseur qui, pendant quatre mois, n'avait pas accepté la réalité du suffrage universel (...) et s'était mis en opposition avec les résolutions" des Nations-Unies, a déclaré M. Longuet.

, contrairement à ce qu'affirme le camp Gbagbo.

Après l'arrestation, le président français Nicolas Sarkozy s'est "longuement" entretenu par téléphone avec M. Ouattara, 69 ans.

A Paris, une manifestation, lundi soir, de partisans de Laurent Gbagbo sur les Champs-Elysées a donné lieu à des échauffourées avec les forces de l'ordre. Plusieurs policiers ont été blessés, a-t-on appris de source policière. Ni le nombre des policiers touchés ni la gravité de leurs blessures n'ont été précisés par la même source.


La Bataille d'Abidjan a duré 11 jours
Le dénouement est intervenu au douzième jour de la bataille d'Abidjan, suite à des frappes intenses menées depuis dimanche par les hélicoptères de l'Onuci et de la force française Licorne sur la résidence présidentielle, dans le quartier de Cocody (nord), et la présidence, dans le quartier administratif du Plateau (centre).

Laurent Gbagbo y était retranché face à l'offensive des forces pro-Ouattara entrées dans Abidjan le 31 mars après une offensive foudroyante depuis le Nord du pays sous leur contrôle.

Selon un témoin, une trentaine de véhicules blindés du détachement français "Licorne", appuyés par un hélicoptère, s'approchaient depuis lundi matin de la résidence de Laurent Gbagbo à Cocody, le quartier diplomatique d'Abidjan où se terrerait l'ancien président ivoirien. L'opération en cours avait pour objectif d'éviter un "bain de sang", selon "Licorne".

Abijdan va devoir panser ses plaies
La longue bataille d'Abidjan a précipité la capitale économique, dont la population actuelle est évaluée à quatre millions d'habitants, au bord d'une catastrophe humanitaire, avec des quartiers livrés à l'anarchie et aux pillages de groupes en armes.

"Nous avons de très vastes mouvements de population d'un quartier à l'autre car aucun quartier n'est vraiment sécurisé", a déclaré le coordonnateur humanitaire entre les agences de l'ONU et des ONG, Ndolamb Ngokwey.

"Beaucoup de personnes m'ont raconté qu'il y avait beaucoup de cadavres qui jonchaient les rues, et pas seulement dans le quartier des ambassades", a-t-il dit.

La situation est également très difficile dans l'intérieur du pays, notamment dans l'Ouest où les combattants des deux camps ont été accusés par l'ONU et des ONG d'exactions.


L'Onu va collaborer avec la Côte d'Ivoire
L'arrestation de Laurent Gbagbo, l'ancien président de Côte d'Ivoire, marque la fin d'un chapitre malheureux "qui n'aurait jamais dû exister", a souligné lundi le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

M.Ban Ki- moon a indiqué qu'il allait parler avec Alassane Ouattara pour savoir "comment les Nations unies et le gouvernement de Côte d'Ivoire peuvent travailler ensemble pour s'occuper des problèmes que nous aurons à l'avenir".

Il a fait état "d'informations sur le fait que plus de 1.000 personnes auraient été tuées; plus de 100.000 personnes ont fui le pays. Nous devons les aider à restaurer la stabilité, l'application de la loi, et nous occuper de toutes les situations humanitaires".

M. Ban Ki-moon a encore souligné que les forces de l'ONU, avec la force française Licorne, avaient agi en respectant strictement leur mandat défini par le Conseil de sécurité, qui consiste à protéger les populations civiles.

Réactions

Plusieurs pays et institutions ont salué lundi la chute du président sortant de Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo, exprimant l'espoir qu'elle permette un nouveau départ pour le pays et insistant sur la réconciliation que devra mener Alassane Ouattara, le président internationalement reconnu.

-Le président des Etats-Unis Barack Obama a salué lundi l'arrestation du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo et a appelé "tous les groupes de miliciens" à déposer les armes. Ce dénouement "représente une victoire pour la volonté démocratique du peuple ivoirien, qui a souffert pendant bien trop longtemps en raison de l'instabilité qui a suivi l'élection" présidentielle de fin novembre 2010, a-t-il dit.

-Hillary Clinton (secrétaire d'Etat américaine): l'arrestation de Laurent Gbagbo envoie un "signal fort" à tous les dictateurs qu'ils ne peuvent pas "mépriser" en toute impunité la voix de leurs peuples.

-Catherine Ashton: (chef de la diplomatie de l'Union européenne): "Nous fournirons un soutien à long terme à la Côte d'Ivoire pour la prospérité afin de garantir la stabilité et aider à reconstruire le pays".

-Claude Guéant, ministre de l'Intérieur: l'arrestation du président ivoirien sortant va permettre à la Côte d'Ivoire de "connaître la paix et un regain d'essor économique".

-Jerzy Buzek, président du Parlement européen, a salué "la volonté d'Alassane Ouattara d'apporter la paix et la justice en Côte d'Ivoire".

-Serigne Mbacké Ndiaye, ministre et porte-parole du président sénégalais Abdoulaye Wade: "La Côte d'Ivoire va enfin sortir de la situation difficile dans laquelle l'avait plongé Laurent Gbagbo. Ce qui est important, c'est de travailler à la réconciliation de tous les Ivoiriens".

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