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La pêche artisanale, en danger face à la mondialisation ?

Les pêcheurs artisanaux sont de plus en plus menacés dans le monde : c’est le constat fait par l’ONG Transnational Institute (TNI) dans un rapport publié début septembre.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
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L'Oiseau des tempêtes, bateau de pêche artisanal, rentre de la pêche à la sardine. (PHOTO AFP / JEAN-MICHEL SUDRES)
Les coupables ? Des acteurs économiques, puissants et mondialisés, qui prennent le contrôle des ressources halieutiques, au détriment des communautés locales de pêcheurs et sans se soucier des importantes conséquences que peut avoir leur comportement sur l’environnement.
 
Le rapport de 56 pages, intitulé « L’accaparement mondial des mers », définit cette monopolisation des ressources comme un processus qui « affecte négativement les personnes et les communautés dont le mode de vie, l’identité culturelle et les moyens de subsistance dépendent de leur participation à la pêche artisanale ». Cela entraîne donc non seulement la diminution de la maîtrise des ressources halieutiques par ces pêcheurs artisanaux, mais aboutit également, dans de nombreux cas, à leur destruction écologique et à leur propre disparition.
 
En clair, cela signifie que des acteurs économiques plus forts s’arrogent le droit de prendre toutes les décisions concernant la pêche. Y compris celles de choisir comment et à quelle fin les ressources maritimes devront être utilisées, conservées et gérées. Ainsi, ces puissants acteurs, à qui l’on reproche d’avoir pour seule préoccupation de réaliser des bénéfices financiers, reprennent progressivement le contrôle des ressources halieutiques et les avantages liés à leur utilisation. L’ONG, basée à Amsterdam, explique que cette mainmise se fait généralement par le biais de lois, politiques et pratiques qui « redéfinissent et réattribuent l'état, l’accès et l'utilisation des ressources halieutiques ».
 
Vers la fin de la pêche artisanale ?
Pour les associations de défense des pêcheurs artisanaux, à l’instar du Comité des pêches du Finistère, qui est à l’origine de la publication du rapport TNI en français, les bonnes pratiques liées à l’utilisation et à la gestion des droits d’accès coutumiers et communaux actuels ne sont plus appliquées, sont ignorées et vont finir par disparaître. Un phénomène qui touche les pêcheurs du Nord comme du Sud et qui met en péril la profession, sans distinction de type de pêche.
 
Sans compter l’inégalité du rapport de force entre le secteur de la pêche artisanale et les flottes industrielles : la surexploitation des stocks de poissons locaux par ces mêmes flottes à des fins d’exportation entraînent logiquement une réduction considérable de capture pour les pêcheurs locaux. Une situation que connaissent de nombreux pays sur tous les continents, minutieusement décrite dans les encadrés du rapport.
 
A titre d’exemple, le rapport dénonce le déplacement d’un grand nombre de communautés au Honduras, dont les eaux marines sont sous la menace de compagnies et d’investisseurs étrangers. Depuis les années 1970, la moitié des forêts de mangrove du Golfe de Fonseca, soit 70.000 hectares, est passée de la propriété communautaire aux concessions privées. Des entreprises multinationales se sont emparées des droits des populations indigènes pour accéder aux ressources, principalement à des fins de tourisme et d’aquaculture. L’expansion des élevages de crevettes sur plus de 20.000 hectares de forêts et de lagunes a conduit à des violations flagrantes des droits de l’homme.
 
Il faut également rappeler que, selon l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le secteur de la pêche artisanale emploie 50 millions de personnes, sur un effectif total de 51 millions de pêcheurs et principalement dans les pays en développement. Soit, au niveau mondial, plus de 90% des pêcheurs et autres travailleurs de la pêche. Il fournit également près de la moitié de la production mondiale de poissons et couvre l’essentiel de sa consommation dans les pays en développement.
 
« L'histoire de l'accaparement dans les pêcheries reste très peu connue et largement négligée dans les milieux universitaires et activistes ainsi que par les médias », regrette l'ONG qui souligne que ce phénomène « ruine les droits et les aspirations de millions de personnes tributaires de la pêche artisanale en eau douce et hauturière dans le monde ».
 
Le rapport a été publié en collaboration avec le Forum mondial des populations de pêcheurs (WFFP), qui représente les intérêts des pêcheurs artisanaux au niveau international.

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