L'audience du procès de l'ex-président égyptien Hosni Moubarak qui s'est achevée lundi soir a repris mercredi matin

Le procès a repris mercredi au Caire, avec de nouveaux témoins attendus à la barre. Les témoins appelés à la barre lundi n'ont pu étayer les accusations contre lui concernant des tirs meurtriers contre les manifestants lors de la révolte du début de l'année, qui a débouché sur la chute du régime.

Image de la télévision égyptienne montrant Moubarak dans une civière à son arrivée au tribunal (15/08/2011)
Image de la télévision égyptienne montrant Moubarak dans une civière à son arrivée au tribunal (15/08/2011) (AFP / Egyptian TV)

Le procès a repris mercredi au Caire, avec de nouveaux témoins attendus à la barre. Les témoins appelés à la barre lundi n'ont pu étayer les accusations contre lui concernant des tirs meurtriers contre les manifestants lors de la révolte du début de l'année, qui a débouché sur la chute du régime.

Une responsabilité de M. Moubarak, si elle était démontrée, pourrait être passible de la peine de mort.

Après dix heures de débats, l'audience à laquelle l'ancien président, 83 ans et hospitalisé, a une nouvelle fois assisté allongé sur une civière, avait été ajournée à mercredi.

Quatre membres de la police convoqués comme "témoins à charge" n'ont pas évoqué d'implication de l'ex-président dans le cadre de l'enquête destinée à déterminer son éventuelle responsabilité pour des tirs meurtriers contre les foules qui ont manifesté contre lui.

Le responsable des services de communication des forces anti-émeutes, Hussein Saïd Mursi, a déclaré à la barre qu'il avait entendu des gradés de la police mentionner l'usage d'armes automatiques contre les manifestants le 28 janvier, l'une des journées les plus violentes de la révolte. Selon lui, le chef des forces anti-émeutes, le général Ahmed Ramzi "a donné des instructions claires qu'il fallait protéger le ministère de l'Intérieur et faire face aux manifestants avec les armes", a-t-il dit, en mentionnant "les balles en caoutchouc et les armes automatiques".
Mais il n'a pas poussé plus loin les accusations, ni évoqué d'ordres venant de plus haut.

Un autre officier de police, Emad Badr, a assuré, quant à lui, que "les instructions que nous avions étaient de faire preuve de retenue".

La répression de la révolte a fait officiellement près de 850 morts au total. La grande majorité des violences est imputée à la police et aux hommes de main du parti présidentiel.

La déception régnait parmi les représentants des familles des personnes tuées lors du mouvement qui a abouti au départ de M. Moubarak le 11 février. "Je suis surpris que le parquet ait présenté des témoins à charge qui étaient plus des témoins à décharge", a déclaré Me Gamal Eid, un de leurs avocats et militant en vue des droits de l'homme. Contrairement aux précédentes, cette nouvelle audience n'a pas été retransmise en direct à la télévision.

Des accrochages entre plusieurs dizaines de partisans et adversaires de l'ancien président se sont déroulés près du lieu du procès, peu avant l'arrivée de l'ancien chef d'Etat dans la matinée. Les pro-Moubarak scandaient "Nous ne t'abandonnerons pas", tandis que ses adversaires lançaient "Châtiment, châtiment, on a tué nos enfants avec des balles".

Des heurts ont également eu lieu entre la police et des membres de familles de victimes qui ont tenté de forcer l'entrée de l'école de police où siège le tribunal pénal chargé de juger M. Moubarak. Une douzaine de personnes ont été légèrement blessées dans ces incidents, et la police a procédé à une vingtaine d'interpellations, selon l'agence officielle Mena. Dans la salle l'ambiance a été aussi parfois houleuse.

L'ancien président, également accusé d'enrichissement illégal, est jugé en même temps que ses deux fils Alaa et Gamal, ainsi que l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli.

Ce procès est suivi avec avidité par les Egyptiens, après des décennies marquées par l'impunité pour les dirigeants du pays.

M. Moubarak est le premier dirigeant renversé par les révoltes qui secouent le monde arabe depuis décembre à comparaître en personne devant la justice. Renversé le 11 février dernier, l'ancien président égyptien est jugé pour corruption, détournement de fonds publics et meurtre avec préméditation dans le cadre de la répression du mouvement de contestation qui a provoqué sa démission et a fait, selon un bilan officiel, 840 morts.

Stupéfaction des Egyptiens
Les Egyptiens ont été stupéfiés par les images de l'ancien "raïs" tout-puissant, âgé de 83 ans, traîné sur une civière dans la cage du tribunal installé dans l'Ecole de police du Caire lors des deux premières audiences, les 3 et 15 août.

Sur ordre du juge Ahmed Refaat, les retransmissions télévisées sont suspendues jusqu'à l'énoncé du verdict. L'une des raisons données par le président du tribunal est la protection des témoins.