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L'argent divise (encore) pays riches et pays en développement à la COP21

Le président de la COP21 Laurent Fabius doit recevoir des négociateurs samedi 5 décembre 2015 le document qui devra servir à la deuxième session de la conférence de Paris. Aux ministres en charge du climat de trancher la question du financement, l'un des points d'achoppement des discussions.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Une pièce d'un euro sur une pile de dollars. Photo prise le 13 mars 2015 à Godewaersvelde (France).  (AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN)

Les aspects financiers de l'accord espéré à Paris donnent du fil à retordre aux négociateurs d'autant qu'ils sont transversaux. Car ils concernent aussi bien l'adaptation – faire face aux effets du réchauffement climatique – et la transition vers des économies bas carbone. Le porte-parole du groupe Afrique, Seyni Nafo, estimait dans la soirée du 3 décembre 2015 qu'il était temps que les ministres prennent la relève. «Les négociateurs n'ont plus de marge de manœuvre pour avancer. Le mandat arrive à sa fin (donné par les chefs d'Etat à l'ouverture de la COP21). Le texte est arrivé dans sa phase politique.»

L'analyse de Kelly Dent de l'ONG Oxfam, membre de la coalition Climate Action Network (CAN) en faveur du développement durable, va dans le même sens. «Il y a plus de violence dans l'atmosphère, constatait-elle vendredi 4 décembre 2015. Pour la première fois, nous voyons la politique dans les salles de négociations.» Une évolution «importante» qui constitue un signal positif  dans la mesure où elle permet de connaître «les lignes rouges des parties». Cependant, l'heure du compromis a sonné, selon l'activiste.

Notamment en ce qui concerne les pays en voie de développement «qui n'ont jusqu'ici pas reçu les signaux leur assurant le soutien financier dont ils ont besoin pour l'adaptation (ils espèrent une enveloppe de 32 milliards de dollars, NDLR) et pour atteindre les objectifs fixés à long terme». «Les pays riches doivent répondre à cette problématique posée par les pays africains, autrement le vide créé pourrait être rempli par des positions plus tranchées», souligne Kelly Dent.

«Le financement est la pierre angulaire de cet accord»
«Nous avons besoin de savoir de façon claire comment nous atteindrons l'objectif de 100 milliards de dollars» et d'avoir le «signal» qu'il y aura des ressources après 2020, soulignait le ministre gambien de l'Environnement Pa Ousman Jarju, le 3 décembre 2015, au nom du Groupe des Pays les moins avancés (il est composé de 34 pays africains, de 13 en Asie et d'un dans les Caraïbes). «Le financement est la pierre angulaire de cet accord», a poursuivi le responsable gambien.

Le financement de l'adaptation est l'un des sujets majeurs à l'origine des tensions de la première semaine de la conférence climat de Paris. Le groupe des 77 et de la Chine (au total de 134 pays dont tous les pays africains) a dénoncé le 3 décembre «la mauvaise foi» des pays développés dans ce domaine par la voix de son négociateur, le Bolivien Juan Hoffaister. «Beaucoup de choses dépendent de financements que nous obtiendrons», avait rappelé plus tôt l'ambassadrice sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko, qui assure la présidence du G77+Chine, lors d'une conférence de presse.

Le groupe, dont la Chine et l'Inde (ils sont respectivement le premier et le quatrième plus gros émetteur de la planète) font partie, ont envers les pays riches quelques griefs. Sa porte-parole a estimé que les nations industrialisées tentaient de «réécrire la convention (des Nations Unies sur les changements climatiques)». Derrière cet argument, explique Kelly Dent, il faut voir la question de la différenciation (chaque Etat partie participe à la lutte contre le changement climatique selon sa responsabilité historique – les pays développés ont une responsabilité historique – et ses capacités). «Ce principe concerne aussi bien la finance que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre», poursuit Kelly Dent. «Si nous ne résolvons pas la question de la différenciation, les autres seront également difficiles à résoudre», faisait remarquer le 3 décembre 2015 le ministre gambien de l'Environnement Pa Ousman Jarju.

Un principe qui fâche
Les pays développés souhaitent que les plus riches des pays en voie de développement contribuent à l'enveloppe de 100 milliards promis par les nations industrialisées à Copenhague, en 2009, aux Etats les plus pauvres pour combattre le réchauffement climatique. Des pays comme la Chine et l'Inde veulent bien aider les pays les plus vulnérables mais à à condition, entre autres, que leur apport vienne en complément de cette somme. La Chine a déjà annoncé la création d'un fonds pour l'adaptation aux changements climatiques doté de 3,1 milliards de dollars (comme un pied de nez aux Etats-Unis qui ont contribué à hauteur de 3 milliards au Fonds vert).

Les 100 milliards sont déjà acceptés comme seuil à atteindre d'ici 2020 par l'Union européenne. Par ailleurs, avec les Etats-Unis et le Japon, elle examine l'idée d'une contribution commune après 2020 si le groupe des pays donateurs s'élargit aux Etats «qui sont en capacité de contribuer (in position to do so)». Une formulation qui hérisse les pays émergents. «Comment un tel concept peut-il être juridiquement traduit?», s'insurgeait le 3 décembre la porte-parole du G77+Chine Nozipho Mxakato-Diseko.

Le financement climat est l'un des principaux points litigieux des négociations qui se déroulent à Paris. Néanmoins, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius attend des négociateurs un texte «le plus abouti possible» afin de donner le maximum «d'atouts» aux ministres. Ces derniers devront parvenir à un accord avant le 11 décembre 2015.

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