Jésus était-il marié ? (et autres questions sur la vie du prophète chrétien)

Un papyrus daté d'entre 659 et 869 a été authentifié par une étude, jeudi 10 avril. Il cite Jésus évoquant son épouse.

Sur le papyrus, rédigé en copte, cette phrase : \"Et Jésus leur a dit, ma femme...\"
Sur le papyrus, rédigé en copte, cette phrase : "Et Jésus leur a dit, ma femme..." (AFP PHOTO / HARVARD DIVINITY SCHOOL / KAREN L. KING)

Pour le Vatican, c'était un "faux absurde". Pourtant, une étude publiée jeudi 10 avril par des chercheurs américains a authentifié un morceau de papyrus qui relance le débat sur le célibat de Jésus. "Et Jésus leur a dit, ma femme...", dit un fragment du manuscrit rédigé en copte, et qui proviendrait d'Egypte ou de Syrie.

Si les historiens étaient sceptiques lors de sa divulgation en 2012, des analyses du papyrus et de l'encre du document le situent entre 659 et 869. Une découverte qui prouve au moins que la vision de Jésus n'était pas la même partout et à travers les âges.

Contacté par francetv info, Michael Langlois, maître de conférences à l'université de Strasbourg et spécialiste de la littérature hébraïque et araméenne, démêle le vrai de faux sur ce qu'on sait de la vie de Jésus.

Alors, Jésus, marié ou pas ?

Pour commencer, il n'y a "aucun vestige archéologique" qui prouve l'existence de Jésus, rappelle Michael Langlois. Si les historiens sont nombreux à croire au fait qu'un homme appelé Jésus a bien existé en Judée autour de l'an 0, ils se basent sur l'ensemble des textes écrits qui en témoignent. Difficile donc d'avoir une preuve directe d'un hypothétique mariage de Jésus. Mais pour lui, le manuscrit est authentique. "Si c'est un faux, il est très sophistiqué", considère Michael Langlois, qui estime qu'un faussaire "aurait plutôt intérêt à faire un document qui date du Ier siècle après J.-C.". Le papyrus est trop tardif pour être une preuve historique sur la vie de Jésus, à l'inverse de certains manuscrits qui sont contemporains de sa vie.

Il est en revanche un vestige d'une vision de Jésus qui a disparu quand il a fallu définir le "canon biblique", les textes qui racontent l'histoire de Jésus telle que vue par l'Eglise. Ainsi, un débat oppose ceux qui voient Jésus comme un homme et ceux qui le considèrent comme le fils de Dieu, une vision qui l'emporte et perdure aujourd'hui. Or "l’idée du mariage de Jésus entre en conflit avec l’idée que Jésus était Dieu, parce que Dieu ne peut pas être marié à une femme". Pour Michael Langlois, il est possible que la plupart des manuscrits décrivant un Jésus marié aient été détruits. Difficile de connaître la situation maritale du Jésus historique. Mais s'il était marié, cette information a été gommée de son histoire.

Le fils de Dieu était-il blanc et barbu ?

"On n’a pas de photo de Jésus, sauf si on considère le Saint-Suaire comme authentique", plaisante l'historien, mais on a des indications qui permettent d'imaginer à quoi ressemblait vraiment le fils de Dieu. Le look robe, ceinture et sandales en cuir est "crédible" : il correspond aux morceaux de tissu que l'on a retrouvé datant de cette période. De même, Jésus "a pu avoir les cheveux longs et de la barbe, c'était courant à l'époque". En revanche, "ce qui ne colle pas, c'est la peau pâle et les yeux bleus" qu'arbore Jésus dans la plupart de ses représentations. "Jésus appartenait à une population orientale. Il avait la peau plus bronzée, les yeux sans doute pas bleus et les cheveux plutôt frisés", estime Michael Langlois. En somme, Jésus ressemblait à un Palestinien d'aujourd'hui.

Le Messie était-il infaillible ?

Pour Michael Langlois, l'histoire de Jésus telle qu'elle a été racontée dans le Nouveau Testament se détache le plus possible de son côté humain. Parmi les textes que l'on a préféré ne pas retenir, il y a ceux qui décrivent "le côté bon vivant de Jésus". Une trace persiste dans les évangiles. "Il y a un moment dans l'évangile selon Matthieu où Jésus se compare à Jean le Baptiste. Il décrit Jean en ascète, qui vit dans le désert, ne mange pas et ne boit pas, et il dit qu’au contraire 'le fils de l'homme mange et boit' et l'on dit 'c'est un glouton et un ivrogne'". Dans ce passage, le "fils de l'homme", c'est Jésus, estiment les historiens. "Au moment d’établir les évangiles, c’est un problème vis-à-vis du côté fils de Dieu, on n’aime pas trop le voir comme un homme qui aime manger, et boire, et peut-être le sexe aussi."

Une autre période est oubliée : l'enfance de Jésus. Et pour cause, "si Jésus grandit, ça veut dire qu'il est imparfait". Dans un évangile apocryphe, c'est-à-dire un texte religieux qui n'a pas été retenu dans la Bible, est décrit un Jésus enfant... Et bagarreur. "Il joue avec un autre enfant, et à un moment il s’énerve et il punit son camarade en lui paralysant la main. Ce n’est pas un enfant comme les autres : il a des pouvoirs que les autres n'ont pas." Jésus est alors grondé par Joseph, son père, et forcé de guérir l'autre enfant. Dans les textes des premiers chrétiens, Jésus fait des miracles mais Jésus s'énerve et fait des bêtises, une vision beaucoup plus contrastée que celle de la Bible.

Jésus a-t-il vraiment ressuscité ?

Mais que pensent les historiens des aspects les plus extraordinaires de la Bible ? Pour Michael Langlois, il est révélateur que "la résurrection de Jésus n'aie jamais été mise en doute par les premiers chrétiens", contrairement à son célibat, par exemple. Des textes datant de quelques décennies après la période où Jésus aurait vécu mentionnent la résurrection. "Luc, dans son évangile, dit qu’il a enquêté et qu’il a 500 témoignages de gens qui ont vu Jésus après sa mort." Difficile de les interroger aujourd'hui, mais ces histoires sont "trop proches dans le temps pour qu'elles soient des gros mensonges. Ça plaide pour leur véracité." Alors miracle ou invention ? Les historiens coupent la poire en deux, à en croire Michael Langlois : "On pense qu’il y a réellement eu un évènement spectaculaire, et que des gens l’ont vu. Peut-être qu’il a été laissé pour mort, peut être qu’il était dans le coma." Une chose est sûre : la vraie vie de Jésus n'a jamais cessé de faire débat.