Santé, logement, nucléaire... Trois ans après Fukushima, où en est le Japon ?

Beaucoup d'habitants sont toujours confrontés à des problèmes de logement car la reconstruction prend plus de temps que prévu. 

Deux hommes se recueillent près de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon), le 11 mars 2014, trois ans après le séisme et le tremblement de terre qui avaient frappé le littoral.
Deux hommes se recueillent près de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon), le 11 mars 2014, trois ans après le séisme et le tremblement de terre qui avaient frappé le littoral. (YOSHIKAZU TSUNO / AFP)

Trois ans après, les Japonais commémorent la triple tragédie du 11 mars 2011. Un séisme, un tsunami et un accident nucléaire avaient tué plus de 18 000 personnes ce jour-là. Une déferlante gigantesque s'était abattue le long du littoral, ravageant les préfectures de Miyagi, Iwate et Fukushima, un nom qui est désormais pour beaucoup synonyme de désastre atomique. Tour d'horizon.

Des enfants confinés, plus fragiles

Tous les corps des victimes de la catastrophe n'ont pas été retrouvés. Dans les heures et jours suivants, personne n'est mort du fait des explosions d'hydrogène et radiations dégagées par le complexe atomique. Mais quelque 1 650 personnes ont perdu la vie lors de l'évacuation ou à cause d'une brutale dégradation de leurs conditions de vie.

A une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de la centrale de Fukushima, les enfants de Koriyama savent à peine ce que signifie jouer en plein air : la peur de la radioactivité les a consignés chez eux depuis leur naissance.

Les conséquences sur leur santé se font sentir : même si les Nations unies ont affirmé en mai dernier ne pas s'attendre à une hausse du taux de cancers après Fukushima (notamment de la thyroïde), ces enfants connaissent des pertes d'énergie, des problèmes de coordination ou d'irascibilité, témoignent des éducateurs. Privés d'activités extérieures, ils grossissent et pèsent davantage que la moyenne nationale.

Examen de la thyroïde d\'une petite fille de 5 ans à Nihonmatsu, dans la préfecture de Fukushima (Japon), le 27 février 2014.
Examen de la thyroïde d'une petite fille de 5 ans à Nihonmatsu, dans la préfecture de Fukushima (Japon), le 27 février 2014. (TORU HANAI / REUTERS)

Toute une zone agricole contaminée

Une zone interdite d'un rayon de 30 km a été établie par les autorités. La fusion de trois réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi a contaminé tout un espace agricole réputé autrefois pour son riz, son bœuf ou ses pêches. "J'achète à manger dans des régions éloignées de Fukushima. C'est notre vie normale, maintenant", témoigne Ayumi Kaneta, 34 ans et mère de trois enfants.

"Certains enfants sont très craintifs. Avant de manger quoi que ce soit, ils me demandent toujours : 'Est-ce qu'il y a de la radioactivité dedans ?'" confirme Mitsuhiro Hiraguri, directeur d'une crèche à Koriyama. 

270 000 personnes n'ont toujours pas regagné leur maison

La reconstruction piétine et quelque 270 000 personnes n'ont toujours pas pu regagner leur domicile, détruit par le raz-de-marée ou rendu inhabitable par la radioactivité. Plus de 100 000, souvent âgées, vivent toujours dans des habitations provisoires préfabriquées où elles souffrent de la promiscuité.

Malgré les promesses répétées du gouvernement, beaucoup risquent de ne pas être relogées avant plusieurs années. Seulement 3,5% des maisons pérennes promises ont été construites dans les provinces d'Iwate et Miyagi. "Je suis déterminé à accélérer la reconstruction", a déclaré le Premier ministre, Shinzo Abe, lundi au Parlement. "La revitalisation du Japon ne se fera pas sans la remise sur pied des régions dévastées", a-t-il poursuivi.

Une radioactivité phénoménale dans les réacteurs détruits

Des progrès très visibles ont été réalisés sur une partie du site (nettoyage des bâtiments), mais une impression de chaos persiste ailleurs, près des réservoirs d'eau contaminée, notamment. Dans les réacteurs détruits règne encore une radioactivité si phénoménale que les employés de la centrale ne sont pas près d'y aller.

"La gestion de cette eau [contaminée] n'est toujours pas satisfaisante", confirme Dale Klein, ex-président de l'Autorité américaine de régulation nucléaire et membre d'un comité de suivi de la crise. "Quatre pas en avant, deux en arrière : chaque nouvelle fuite d'eau ruine presque toute la confiance un peu regagnée", déplore cet expert, selon qui Tepco doit faire davantage et plus vite pour gérer les près de 450 000 tonnes de liquide radioactif accumulé dans 1 200 réservoirs disséminés sur le site. 

Au total, 3 000 à 4 000 travailleurs s'escriment tous les jours, dans des conditions incroyablement pénibles, pour déblayer, installer des équipements, bâtir un mur souterrain, retirer le combustible usé des piscines d'entreposage, ou simplement trier les vêtements, chaussures, masques et casques. Trois ans, ce n'est même pas un dixième du temps qu'il faudra pour démanteler quatre des six tranches de Fukushima Daiichi. 

Photo diffusée par Tepco le 20 février 2014 montrant une fuite dans la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (Japon). 
Photo diffusée par Tepco le 20 février 2014 montrant une fuite dans la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (Japon).  (TEPCO / AFP)

Le projet du "zéro nucléaire" d'ici à 2040 enterré

"L'énergie nucléaire est une ressource de base importante", martèle le Premier ministre conservateur Shinzo Abe, pour qui "les réacteurs jugés sûrs devront être remis en exploitation". Arrivé au pouvoir fin 2012, son gouvernement s'est empressé d'enterrer le projet du précédent exécutif de centre-gauche de "zéro nucléaire" d'ici à 2040.

Les autorités actuelles martèlent sur tous les tons que le Japon veut certes diminuer la part nucléaire mais ne peut s'en passer s'il veut rester une grande puissance économique indépendante et soucieuse du changement climatique.

L'opinion espère toutefois que les installations nucléaires seront moins employées. Selon une enquête de la chaîne publique NHK, 95% des Japonais se disent encore anxieux au sujet de la situation à la centrale accidentée Fukushima Daiichi, et 80% pensent que le rôle de l'énergie nucléaire doit être réduit autant que possible.