La justice sud-coréenne condamne le Japon à dédommager d'anciennes esclaves sexuelles

Il s'agit du premier dossier civil présenté par celles qui étaient appelées, dans un euphémisme, "femmes de réconfort", et qui étaient en réalité les esclaves sexuelles des militaires japonais durant la Seconde Guerre mondiale.

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Un homme marche devant le tribunal du district central de Séoul, en Corée du Sud, le 8 janvier 2021. (ED JONES / AFP)

La justice sud-coréenne a condamné le Japon, vendredi 8 janvier, à dédommager douze femmes qui avaient été réduites à l'esclavage dans les maisons de prostitution de l'armée impériale pendant la Seconde Guerre mondiale. Le tribunal du district central de Séoul a décidé que le gouvernement japonais devrait payer à chacune des victimes ou à leurs familles 100 millions de wons (74 000 euros), rapporte l'agence sud-coréenne Yonhap.

Il s'agit du premier dossier civil présenté à la justice en Corée du Sud contre Tokyo par celles qui étaient appelées, dans un euphémisme, "femmes de réconfort"Selon la majorité des historiens, jusqu'à 200 000 femmes (principalement originaires de Corée mais également d'autres pays asiatiques comme la Chine) ont été forcées à se prostituer dans des bordels militaires japonais. Il fallut attendre les années 1990 pour que ce douloureux sujet émerge véritablement en Corée du Sud, à la faveur de la montée en puissance de mouvements féministes.

Le Japon "n'acceptera jamais ce jugement"

Dans son jugement, le tribunal relève que le Japon était responsable du système des "femmes de réconfort". "Les plaignantes (...) furent soumises à une exploitation sexuelle prolongée, affirme-t-il. Cela relevait d'un acte illégal contre l'humanité et le défendeur a l'obligation de compenser les victimes pour le préjudice mental." 

Tokyo conteste la légalité de ces poursuites, estimant que ces contentieux ont été réglés par le traité de 1965 qui avait permis la reprise des relations diplomatiques bilatérales. L'ambassadeur sud-coréen au Japon a été convoqué vendredi par le gouvernement, alors que le Premier ministre nippon a estimé que Séoul "devrait abandonner cette action en justice""La question des 'femmes de réconfort'" a "déjà été résolue, complètement et définitivement", a insisté Yoshihide Suga. "Notre pays n'acceptera jamais ce jugement."

Des relations diplomatiques dégradées

Les relations entre le Japon et la Corée du Sud, alliés clés des Etats-Unis en Asie, sont plombées par les vieux contentieux hérités de la période où la péninsule était une colonie japonaise (1910-1945). Elles se sont envenimées depuis l'élection en 2017 de Moon Jae-in, avocat de centre-gauche engagé dans les dossiers des droits de l'homme, à la présidence sud-coréenne.

Deux ans plus tôt, Séoul et Tokyo avaient conclu un accord "définitif et irréversible". Le Japon offrait ses "excuses sincères" et versait un milliard de yens (7 millions d'euros) de dédommagements à une fondation, afin d'aider les rares "femmes de réconfort" sud-coréennes toujours en vie. Le texte avait été critiqué par une partie de l'opinion, en raison notamment du refus des autorités japonaises de reconnaître leur responsabilité juridique. Une fois au pouvoir, Moon Jae-in avait déclaré cet accord nul, en regrettant que les victimes n'aient pas été associées à sa négociation.

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