L'empereur du Japon, Akihito, demande à pouvoir abdiquer

A 82 ans, l’empereur Akihito est usé, et souhaiterait abandonner le pouvoir. Souhaiter ! Car au Japon, l’empereur ne peut pas abdiquer. Il faudra donc modifier la Constitution. Chose exceptionnelle, c’est par un message télévisé qu’Akihito a fait connaitre son attente.

Le 7 août 2016, l\'empereur Akihito enregistrait un message télévisé destiné à son peuple. Fatigué, il demande à pouvoir abdiquer ce que ne permet pas la Constitution.
Le 7 août 2016, l'empereur Akihito enregistrait un message télévisé destiné à son peuple. Fatigué, il demande à pouvoir abdiquer ce que ne permet pas la Constitution. (Maison impériale du Japon/AFP)

Akihito est sur le trône du Japon depuis la mort de son père Hirohito en 1989. L’empereur est très fatigué. Il a subi une intervention chirurgicale au cœur et est soigné pour un cancer de la prostate. «Quand je considère que mon niveau de forme physique diminue progressivement, je suis inquiet qu'il puisse devenir difficile pour moi de remplir mes fonctions en tant que symbole de l'Etat avec tout mon être, comme je l'ai fait jusqu'à présent» a déclaré l’empereur.
 
Empereur de droit divin jusqu’en 1947
Il est le représentant de la dynastie régnante la plus ancienne au monde, qui dirige le Japon depuis le VIIe siècle. Mais le pouvoir de l’empereur a été considérablement réduit après la défaite de 1945. Jusqu’à la guerre, c’est un souverain de droit divin qui dirige le pays comme un père de famille. Il déclare la guerre et ratifie les traités sans aucun consentement parlementaire, et peut dissoudre à son gré la Chambre des députés. Enfin, les juges exercent le pouvoir judiciaire au nom de l'empereur.
 
Avec la capitulation en 1945, le pouvoir impérial va disparaître, mais pas l’empereur. En 1947, dans la nouvelle Constitution, le vainqueur américain accepte même de laisser sur le trône Hirohito, celui qui jeta son pays dans la folie guerrière. Désormais, il exerce un certain nombre d’actes «pour le bien du peuple». Mais, et c’est là ou l’on rejoint l’actualité du moment, les actes de l’empereur ne doivent pas être décidés par lui-même. Le rôle qui lui est assigné est celui de «symbole de l’Etat japonais».
 
L’abdication n’est pas prévue
Etonnamment, la Constitution n’évoque pas le départ de l’empereur. Il exerce jusqu’à sa mort. Akihito, qui ne veut pas porter le flanc à la critique, a dans son allocution, évité de parler de révision constitutionnelle. «Etant dans la position de l'Empereur, je dois éviter de faire des commentaires spécifiques sur le système impérial existant, je voudrais vous dire ce que moi, en tant qu'individu, je ressens», a-t-il expliqué.

Si ce n’est plus le cas aujourd’hui, dans l’histoire du Japon , entre le VIIe et XIXe siècle, les empereurs ont pu abdiquer. On leur donnait le titre de Jökö. Mais, si l’empereur retiré quittait la cour pour un monastère, il ne perdait ni ses avantages, ni surtout son influence. En fait jusqu’au XIe siècle, l’abdication fut une méthode de gouvernement avant que les Shoguns ne suppriment cette possibilité. En tout 62 empereurs japonais ont abdiqué, le dernier fut Kokaku, mort en 1817.
 
Le message au pays
Au Japon, l’Empereur s’adresse exceptionnellement au peuple. Hirohito est le premier à le faire en 1945, pour annoncer au peuple la capitulation de l’Empire du soleil levant. Son fils, l’actuel empereur, se sera également exprimé à un moment sombre du pays. C’était lors de la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Autant dire que cette fois-ci, la symbolique de l’intervention n’est pas à la hauteur de la gravité des évènements.

Message reçu 5 sur 5 en tout cas. Par le peuple qui souhaite, à 85%, que l’empereur puisse abdiquer. Reçu également par le gouvernement, Selon le journal Yomiuri Shimbun, le gouvernement envisage une «législation spéciale» pour permettre à Akihito d’abdiquer. Le Premier ministre Shinzo Abe a immédiatement déclaré: «Nous recevons avec sérieux les mots de sa majesté l'empereur et nous devons y réfléchir profondément»