Japon: l’imagination pour freiner le papy-boom dans les campagnes

Au Japon, pour lutter contre le vieillissement des habitants des campagnes, où vit 8% de la population, les initiatives se multiplient. Comme cette banque régionale menacée de mettre la clé sous la porte faute de clients qui organise des rencontres entre célibataires. But: permettre la formation de couples qui donneront naissance à... des clients potentiels.

Dans un centre commercial de Tokyo, le 28 octobre 2011.
Dans un centre commercial de Tokyo, le 28 octobre 2011. ( AFP PHOTO / YOSHIKAZU TSUNO)
Le Japon perd des habitants. L'indice de fécondité japonais est remonté à 1,41 enfant par femme en 2012, passant pour la première fois depuis 1996 au-dessus de 1,4. Mais cela ne suffit pas. Le nombre des naissances n'a jamais été aussi bas.
 
Ainsi, en 2060, le pays pourrait ne plus compter que 86 millions d'individus contre 127 actuellement. Et la population âgée de 65 ans et plus passer de 25% à 40%.
 
Le bilan est sans appel : il y a de moins en moins d'actifs pour soutenir un nombre galopant de retraités, ce qui ne va pas sans conséquences sur l’économie du pays.
 
Le dépeuplement se fait particulièrement sentir dans les campagnes
La moyenne d'âge des paysans est de 65 ans et il y a encore moins d’enfants et de femmes dans les zones rurales qu’en ville. De ce fait, les services communaux et sociaux deviennent très coûteux à maintenir.
 
Début septembre, une étude privée (Japan Policy Council) montrait que la moitié des communes pourraient disparaître d'ici à 2040.
 
Quant aux jeunes, ils partent vers les villes, comme Osaka, Nagoya et Tokyo (35 millions d'habitants à elle seule, soit plus du quart de la population). 92% de la population vit en zone urbaine.

Village rural dans les alentours de Kyoto.
Village rural dans les alentours de Kyoto. (AFP/Les Archives Art / Stephanie Colasanti)
 
Des initiatives tous azimuts pour tenter de regagner du terrain
Le week-end du premier novembre 2014 a été marqué par une sorte de Speed Dating à Tsuruoka, à 500 km au nord de Tokyo, organisé par la banque régionale Tsuruoka Shinkin Bank.
 
Comment un établissement bancaire peut-il se transformer en club de rencontre ? La réponse est simple : l’établissement, qui n’a le droit d’opérer que dans cette zone géographique, veut juste tenter de survivre. Selon Le Figaro, «la Tsuruoka Shinkin Bank espère bien que cette rencontre, ou les suivantes, débouchera sur des mariages, puis des naissances.» Et donc lui permettra de toucher de nouveaux clients.
 
La plupart du temps, les opérations sont sans grand effet
La municipalité de Mishima (sud-ouest) a eu beau proposer à chaque nouvel arrivant un veau ou 500.000 yens en liquide (3.650 euros), la proposition a fait chou blanc. En 20 ans, une seule personne en a bénéficié.
 
D'autres municipalités lui ont emboîté le pas pour «attirer le chaland». Hida (centre) propose encore 60 kilos de riz chaque année pendant dix ans ;  Nikaho (nord) donne accès gratuitement à ses bains d'eau chaude volcanique ; Nanmoku (100 km au nord-ouest de Tokyo) fait cadeau des soins médicaux et de la cantine… En vain. « On n'arrive pas à arrêter  l'hémorragie», déplorent les autorités de ce village dont 57% des habitants sont âgés de 65 ans ou plus, un record national.
 
Le gouvernement prend les choses en mains
Face à l’urgence, le Premier ministre Shinzo Abe devrait annoncer avant décembre 2014 des mesures pour tenter d'enrayer le déclin démographique. Son objectif : stabiliser la population à 100 millions de personnes d’ici à 50 ans.
 
Un défi qu’a commencé à relever son gouvernement. Lors du récent remaniement ministériel, un nouveau portefeuille a été mis en place pour revitaliser les régions.