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Japon : les enfants nippons de plus en plus victimes de maltraitances?

Juste après la Seconde guerre mondiale et l'écrasement du Japon, les enfants nippons ont été les premières victimes de la période troublée qui suivit. Les chiffres relatifs à la maltraitance des enfants ont, depuis, été en constante baisse. Jusqu'en 2007, où les statistiques sont reparties à la hausse. Depuis, l'augmentation est constante.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Sculpture de bouddha au temple de Daisho, sur l'île de Miyajima (Japon).
 (Antoine Boureau / Biosphoto)

Près de 73.000 cas répertoriés en 2014, 90.000 en 2015. C'est le nombre de signalements de maltraitance auprès des services de protection à l'enfance, du ministère de la Santé japonais.

Les affaires sont autant le fait d'agresseurs extérieurs qui enlèvent des enfants petits que celui de parents, voire de grands-parents. Les cas sordides se multiplient et choquent l'opinion publique nipponne qui se demande ce qui arrive à son pays.

Ingurgiter les poissons rouges
En mai 2015, la mort d'une fillette de trois ans, ébouillantée par sa mère, suivie par le décès d'un garçonnet du même âge roué de coups par le compagnon de sa mère ont bouleversé le pays. Un mois plus tard, quand une mère se retrouve sous les verrous pour avoir obligé sa fille de 17 ans à avaler ses 30 poissons rouges, tués à coup de détergent, pour la punir de ne pas s'en être suffisamment occupé, l'émotion est encore montée d'un cran. 

L'interrogation réside surtout sur le maintien chez elle de la jeune fille obligée d'avaler ses poissons rouges, alors que la mère avait été arrêtée avec son compagnon à quatre reprises au cours de l'année précédente. On lui reprochait notamment d'avoir attaché l'adolescente à son lit avec une corde, de l'avoir frappée au visage ou encore de lui avoir brûlé la langue avec une cigarette, selon les médias. Elle subissait abus et brimades au quotidien, mais n'a pas été pour autant retirée à ses tourmenteurs.

Plusieurs explications sont avancées pour comprendre ce phénomène. Dans cette société traditionnelle, où toutes les générations vivaient sous le même toit et pouvaient ainsi gérer conjointement les enfants, le tissu social était très fort. Mais le Japon moderne fait face à une crise aussi bien sociétale que familiale. Les parents sont de plus en plus esseulés et démunis. Les difficultés financières et l'aggravation des disparités entre les Japonais ont conduit certains à s'attaquer aux plus faibles. De nombreuses mères acculées parce qu'isolées et en difficulté se sont retournées contre leurs enfants.

Multiplication des cas ?
Le Livre blanc 2014 de la police japonaise publié par l’Agence nationale de la police recense 1.117 cas déclarés d’agressions sexuelles contre des enfants en 2013, en légère augmentation, comme l'analyse Nippon.com. Les chiffres enregistrés au cours de la décennie qui s’achève montrent que 2004 et 2005 ont été des années noires à cet égard, avec respectivement 1.679 et 1.384 cas répertoriés. Après quoi s’est amorcée une baisse qui s'est maintenue plusieurs années, le point bas étant atteint en 2007 avec un chiffre de 907 cas. Mais la barre des 1.000 cas a de nouveau été franchie en 2010 et les chiffres ne sont pas redescendus en dessous depuis lors. 

Une autre explication serait que les faits ne se multiplieraient pas tant que ça, à la différence de leur signalement, qui se ferait plus aisément qu'auparavant. «Il est difficile de conclure que la maltraitance d’enfants est un cas à la hausse», a déclaré un haut fonctionnaire de la NPA (National Police Agency, NDLR.) «Le public semble faire d’avantage confiance à la police, et nous alerte plus facilement en raison de la sensibilisation croissante, et qui en résulte par conséquent de cette augmentation.»

Les personnes âgées aussi
Dans ce Japon vieiliissant, les enfants ne sont pas les seules victimes du relâchement du tissu social, les personnes âgées aussi. Ces seniors qui ne vivent plus sous le même toit que leurs enfants et petits-enfants sont désormais aussi les cibles de maltraitances. Un ancien employé d'une maison de retraite a ainsi été arrêté le 15 février pour avoir jeté un résident de 87 ans du balcon, provoquant sa mort. Le suspect a reconnu avoir tué de la même manière deux autres femmes âgées, selon des informations de presse.

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