Fukushima : "Une catastrophe nucléaire peut créer l'apocalypse dans la moitié d'un pays", prévient l'ex-Premier ministre japonais

Naoto Kan, l'ancien Premier ministre japonais qui avait géré la catastrophe de Fukushima en 2011 a indiqué lundi sur franceinfo que "l'erreur humaine est possible n'importe où".

Naoto Kan, Premier minisitre du Japon de 2010 à 2011, sur franceinfo le 12 mars 2018.
Naoto Kan, Premier minisitre du Japon de 2010 à 2011, sur franceinfo le 12 mars 2018. (RADIO FRANCE)

Sept ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, l'ancien Premier ministre du Japon alors en poste, est en déplacement lundi 12 mars en France. Naoto Kan entame une tournée qui passera de l'Assemblée nationale, à Flamanville (Manche), jusqu'au Parlement européen. Devenu fervent militant anti-nucléaire, l'ex-chef du gouvernement japonais est revenu lundi sur cette catastrophe sur franceinfo.

franceinfo : Malgré la catastrophe, le Japon est-il passé près du pire ?

Naoto Kan : Si la radioactivité avait continué à s'étendre, si on n'avait pas pu contrôler certains éléments, on aurait dû évacuer une zone de 250 kilomètres autour de Fukushima. La population de Tokyo aurait dû être évacué pendant une période de 30 à 50 ans. Grâce à beaucoup de petits coups de chance, au vent, aux efforts des employés de la centrale et des pompiers, le drame a pu être évité. Si ce scénario du pire avait été réalisé, il aurait fallu évacuer 50 millions d'habitants, soit 40% de la population japonaise. Cela aurait été pire qu'en cas de défaite dans une grande guerre. L'apocalypse du Japon. Dans la mesure où on a évité cela, on peut dire qu'on a eu de la chance.

Quel regard portez-vous sur le nucléaire aujourd'hui ? Vous dites avoir fait un virage à 180 degrés, pourquoi ?

Jusqu'au 11 mars 2011, j'avais confiance en la technologie japonaise. Je pensais qu'il n'arriverait jamais au Japon une catastrophe comme Tchernobyl [en 1986 en Ukraine], que nos ingénieurs étaient tout à fait compétents et que la technologie était au point. Avec Fukushima, j'ai vu qu'une catastrophe nucléaire pouvait créer l'apocalypse dans la moitié d'un pays. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Il faut absolument changer notre politique énergétique, faire une transition énergétique, du jour au lendemain comme certains pays d'Europe. J'essaye de faire en sorte que le Japon change de voie. Des pays comme la France doivent également changer. Même d'un point de vue économique, la transition énergétique peut créer de l'emploi et de la richesse. C'est le moment ou jamais. Le risque est beaucoup trop grand, on ne peut plus prendre ce risque. Ce n'est pas possible.

Au Japon aussi on redémarre des réacteurs nucléaires ?

Actuellement il n'y a que cinq réacteurs sur 54 qui fonctionnent au Japon. La population japonaise est vraiment contre les centrales, il y a des mouvements, des procès, des collectivités locales qui freinent par tous les moyens possibles. Dans les sept ans suivant l'accident de Fukushima, peu de centrales ont fonctionné et pourtant l'économie est prospère. C'est la preuve qu'on n'a pas besoin des centrales. Un pays peut se porter très bien sans nucléaire. Le Premier ministre Shinzo Abe n'en a relancé que cinq, il a du mal à en relancer plus, et il n'y arrivera pas.

En France nous avons 58 réacteurs, mais avec moins de risques de tsunami et de séisme qu'au Japon. Pensez-vous que nous courons tout de même un risque ?

Il y a eu des accidents comme Tchernobyl ou Three Mile Island [en 1974 aux États-Unis], et c'était des erreurs humaine. L'erreur humaine est possible n'importe où. La question n'est pas de savoir si on risque un accident de tel ou tel type. Le risque est beaucoup trop grand pour être pris, les conséquences sont beaucoup trop grandes. Quand une centrale explose, c'est trop tard, trop grand. On a les énergies renouvelables pour remplacer le nucléaire. On va dans le sens de l'histoire en les adoptant. Je suis très optimiste pour l'avenir.