Venise : qu'est-ce que le projet Mose, censé sauver la ville de l'engloutissement depuis des années ?

Alors que la cité lagunaire connaît sa plus importante inondation en cinquante ans, de nombreux responsables, dont le maire de Venise, ont appelé à mettre en service "au plus vite" le projet de digues Mose.

Des blocs du projet Mose sont testés à Venise (Italie), le 28 novembre 2014.
Des blocs du projet Mose sont testés à Venise (Italie), le 28 novembre 2014. (VINCENZO PINTO / AFP)

La ville de Venise est recouverte d'une épaisse couche d'eau. Depuis quelques jours, une marée haute historique menace la célèbre cité italienne. Dimanche 17 novembre, l'acqua alta était encore à 1,50 m. De quoi inquiéter habitants et responsables politiques. Car Venise, bâtie sur 118 îles et îlots en majorité artificiels et sur pilotis, est menacée d'engloutissement. En un siècle, elle s'est déjà enfoncée de 30 centimètres dans la mer Adriatique.

De nombreux responsables, dont le maire, ont appelé à mettre en service "au plus vite" le lent projet de digues Mose, présenté comme la solution pour sauver des eaux la Sérénissime. De quoi s'agit-il exactement ? Explications. 

Près de 80 digues modulables

Mose (Mosè veut dire Moïse en italien) est l'acronyme de Module expérimental électromécanique. Concrètement, il s'agit de 78 digues flottantes qui se relèvent et barrent l'accès à la lagune en cas de montée des eaux de l'Adriatique. Ce module peut supporter une montée jusqu'à trois mètres de hauteur. Ces digues sont prévues sur les trois entrées de la lagune de Venise : Lido, Malamocco et Chioggia, comme l'explique l'AFP dans cette vidéo.

Un scandale de corruption qui a ralenti le projet

Le projet a été conçu en 1984 et lancé en 2003. Alors qu'il devait être inauguré en 2016, le chantier a pris beaucoup de retard. En cause : des malfaçons et des enquêtes pour corruption. Un éditorialiste du journal Il Messaggero (en italien) en vient à parler de "scandale". Celui-ci a explosé en 2014 et impliquait "à des degrés divers des dizaines d'entrepreneurs locaux et la quasi-totalité des responsables politiques de la région", détaille Le Monde. "Le chantier a été l'occasion d'un gigantesque système de surfacturations lié à un mécanisme d'appels d'offres truqués, géré par le Consorzio Venezia Nuova (CVN)", complète le correspondant local du journal

Un chantier coûteux et critiqué

Outre le scandale qui a entouré cette construction, son coût a explosé au fil des années, passant de deux milliards initialement à six milliards d'euros. De plus, l'investissement est jugé inefficace par les écologistes. Cristiano Gasparetto, dirigeant de l'ONG Italia Nostra, détaille au Figaro : Ce "méga-projet ne sera jamais prêt, et de toute façon, il n'aurait pas résisté aux rafales de vent et à la marée de mardi [12 novembre, l'un des records historiques de montée des eaux]".

Certains pointent également les dangers d'une telle structure. Sur le site The Conversation, deux océanographes expliquent : "Si le niveau de la mer augmente de 50 cm, les digues flottantes de Mose devront fermer presque quotidiennement pour protéger la ville des inondations. Or, une partie des eaux non traitées de Venise s'écoule directement dans la lagune. (…) Fermer quotidiennement les entrées pourrait ainsi aggraver la pollution microbiologique et l'eutrophisation dans la lagune."

Des pièces usées avant même la mise en service

En outre, une marée avait endommagé les parties déjà construites en 2015 et de nombreux tests sont nécessaires avant sa mise en œuvre. De récentes analyses ont d'ailleurs révélé des vibrations et de la rouille. "L'entrepreneur aurait même lancé un appel d'offres à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros pour l'entretien, voire la réparation, de ces pièces usées", rapporte Le Point

Du côté de Rome, le gouvernement tente de rassurer. Le président du Conseil, Giuseppe Conte, a assuré que le chantier était "prêt à 93%" et serait "achevé au printemps 2021". Bonne nouvelle ? Pas selon le correspondant du Monde en Italie : "Ce qui semble évident, c'est que le Mose, imaginé il y a plus d'un demi-siècle, est obsolète avant même d'entrer en service."