Étouffés par le tourisme de masse, les Vénitiens interpellent les autorités

Assaillie par vingt millions de touristes chaque année, Venise, en Italie, est en péril. Trois fois moins nombreux qu'en 1950, les Vénitiens interpellent les autorités pour pouvoir continuer à vivre dans leur ville.

Pendant la période du carnaval, 100 000 visiteurs quotidiens assaillent la lagune.
Pendant la période du carnaval, 100 000 visiteurs quotidiens assaillent la lagune. (ALBERTO PIZZOLI / AFP)

En plein carnaval, alors que leur ville est assaillie de touristes, les Vénitiens tentent de se faire entendre : une manifestation a eu lieu encore ce week-end, pour interpeller les autorités sur les effets du tourisme de masse. Les Vénitiens ne sont plus que 55 000 à vivre sur la lagune, soit trois fois moins que dans les années 50, tandis que le nombre de touriste, lui, culmine à plus de vint millions chaque année. Ce déséquilibre met en péril Venise, d’après les experts, si bien que  l’Unesco a sommé les autorités de prendre des mesures d’urgence.

Les ruelles saturées de touristes

Pendant la période du carnaval, où 100 000 visiteurs quotidiens assaillent la lagune, les Vénitiens qui n’ont pas pu prendre la fuite slaloment entre les valises à roulettes et rusent pour contourner les ruelles saturées. Tout en grimpant dans un vaporetto, Cristina Romieri, née au bord du Grand Canal, est exaspérée. "C’est invivable, tempête-t-elle. On a même du mal à se rendre au travail ! Et pour déplacer tout ce monde, les bateaux circulent deux fois plus. Cela accentue la houle qui crée des dommages sur les fondations, sans même parler des bateaux de croisière qui arrivent jusqu’ici. Les rives sont fragilisées et il y a même des écroulements..."

L'équipe municipale doit présenter des engagements

L’association de Cristina réclame un numerus clausus pour les touristes. Contrôler les flux touristiques relève de l'urgence également aux yeux de l'Unesco qui l’été dernier a menacé de placer Venise sur la liste des patrimoines en péril. L’équipe municipale a dû présenter des engagements le mois dernier. L’adjointe au tourisme Paola Mar : "Fermer les portes de la ville ne va pas être possible, explique-t-elle. Mais on peut essayer de contrôler ces flux. Par exemple, on pense mettre en place une réservation obligatoire pour les groupes de touristes. De manière à étaler les arrivées tout au long de l’année."

Et pour que Venise ne deviennent pas tout à fait Disneyland, la municipalité promet également de limiter les fast-foods et de travailler à un label pour certifier les  produits réellement Vénitiens. L’ensemble du projet de la municipalité sera dévoilée cet été. Quant aux logements réservés aux touristes, autre front de bataille des Vénitiens pour l’instant, ils se multiplient sans contrôle.

Défilé de pandas

"Il n’y a plus de place pour nous, déplore Matteo Secchi, président de l'association Venessia.com. Les annonces immobilières sont réservées aux non-résidents ! Pour inverser cette tendance, on pourrait défiscaliser les locations en faveur des Vénitiens, les vrais !" Ces derniers mois les manifestations s’enchainent. La dernière en date, samedi 18 février, a vu défiler des pandas  face à la Place St-Marc. Pour symboliser une espèce en voie de disparition : les Vénitiens.

VENISE EN PERIL (mixé)
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