"Le chef de clan a donné l'ordre de m'abattre" : en Italie, une trentaine de journalistes sont menacés par la mafia

Une manifestation pour la liberté d'expression est organisée à Ostie (Italie), jeudi, après le passage à tabac d'un journaliste de la télévision publique par un membre de la mafia. Une trentaine de journalistes italiens sont sous escorte policière parce qu'ils sont menacés.

Roberto Spada agresse un journaliste de la chaîne de télévision italienne Rai2, le 7 novembre 2017 à Ostie (Italie). 
Roberto Spada agresse un journaliste de la chaîne de télévision italienne Rai2, le 7 novembre 2017 à Ostie (Italie).  (CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER / RAI2)

Une manifestation de soutien à la liberté d'expression est organisée, jeudi 16 novembre, à Ostie, en Italie. C'est dans cette commune du littoral romain qu'un journaliste, Daniele Piervincenzi, a été agressé par le membre d'un clan mafieux, Roberto Spada, mardi 7 novembre. Il tournait une enquête pour la télévision publique Rai quand le gérant d'une salle de sports, frère d'un célèbre boss mafieux d'Ostie, lui a assené un violent coup de tête, lui fracturant le nez, avant de le poursuivre à coups de matraque.

En Italie, cette agression a remis au jour la problématique des journalistes menacés. Le Napolitain Roberto Saviano, auteur de Gomorra, est certainement le plus célèbre mais son cas n’est pas isolé. Au total, une trentaine de journalistes sont menacés de mort et contraints de vivre sous escorte policière selon les associations professionnelles, même si aucune donnée officielle n'est publiée par sécurité. franceinfo a recueilli les témoignages de plusieurs d'entre eux.

Cinq policiers et une voiture blindée en protection

Paolo Borrometi n’arrive jamais seul à un rendez-vous et très rarement à pied mais dans une voiture blindée. Il est escorté par cinq policiers. Ce journaliste d’agence de presse de la province de Raguse, en Sicile, est condamné à mort par trois clans mafieux.

J’ai subi des agressions physiques. On a essayé de brûler ma maison. Je reçois des menaces, y compris sur les réseaux sociauxPaolo Borrometi, journaliste à Raguse (Sicile)à franceinfo

Pour autant, pas question pour lui d'arrêter son travail. "Je n’ai jamais renoncé à raconter ce qui se passe dans ma région où, encore aujourd’hui, la mafia rackette. Où les rapports entre mafia et politique sont plus que problématiques." Paolo Borrometi a repris le flambeau dans des conditions particulières. "Plus personne n’écrivait sur ce territoire depuis l’assassinat du journaliste Giovanni Spampinato dans les années 1970."

Des journalistes qui persistent malgré tout

Marinella Natale a dû, elle aussi, se résoudre à accepter la présence d'une escorte policière à ses côtés, après plusieurs reportages télévisés dans la province de Caserte, près de Naples. Elle y dénonçait la Camorra, l'équivalent napolitain de la mafia. "Le chef de clan, Francesco Schiavone, a donné l’ordre de m’abattre." Même si Sandokan (le surnom de Schiavone) est derrière les barreaux, elle ne baisse pas les bras et continue d'enquêter pour savoir d'où provient son argent. "C’est une mafia qui fait des affaires dans le bâtiment, dans le secteur des déchets. Aujourd'hui, ils n’utilisent plus les armes pour tuer mais ils continuent de faire des victimes. Dans ma région, des enfants meurent à cause des déchets pourris qu’ils font enterrer."

"Je subis leurs intimidations depuis quatre ans"

Federica Angeli écrit, elle, sur les clans d'Ostie, la région dans laquelle a été tabassé le journaliste de la Rai. "Je me rends bien compte que ce coup de tête, qui a été médiatisé, a permis de réaliser combien ces clans sont violents. Moi, je subis leurs intimidations depuis quatre ans. Par exemple, le signe de croix qu’ils font à mes enfants quand ils les croisent dans la rue ou les photos qu’ils prennent de mes enfants à l’école et qu’ils m’envoient", témoigne cette journaliste du quotidien La Repubblica. Elle ne regrette pas d'avoir accepté d'être protégée par des policiers : "C’est extrêmement dur de devoir vivre sous escorte mais, dans des jours comme aujourd’hui, je me dis que cela vaut la peine."