Italie: 2016, l'année du quitte ou double pour Matteo Renzi

A mi-mandat, l'ardent Premier ministre italien, aux prises avec une opinion hostile au mariage pour tous, a mille fers au feu. Le plus important a trait, dit-il, à «la mère de toutes les batailles»: une réforme constitutionnelle visant à réduire les pouvoirs des sénateurs et à stabiliser la vie politique de la Péninsule. Voté par les parlementaires, le projet doit faire l'objet d'un référendum.

Matteo Renzi à Lausanne le 21 janvier 2016, venu défendre la candidature de Rome aux JO de 2024.
Matteo Renzi à Lausanne le 21 janvier 2016, venu défendre la candidature de Rome aux JO de 2024. (Pierre ALBOUY / REUTERS)

Le Sénat italien avait beau être prévenu depuis deux ans – le tout frais président du Conseil, alors âgé de 39 ans, lui avait montré sans fard son appétit de réformes –, il a dû se pincer en se voyant voter lui-même le 20 janvier 2016, par 180 voix contre 112 et une abstention, la fin de certaines de ses prérogatives. Ainsi, il acceptait de mettre un terme au bicamérisme intégral qui confère actuellement à la Chambre haute du Parlement les mêmes pouvoirs que ceux de la Chambre des députés, par exemple celui de renverser le gouvernement ou de bloquer l'adoption de projets de loi.

Une nouvelle donne, couplée à un nouveau mode de scrutin majoritaire, qui devrait, selon le centre gauche de Renzi, stabiliser la vie politique transalpine et jeter aux oubliettes la «vieille Italie» tout comme la «gauche archaïque», coutumières des impasses politiques. L'ancien maire de Florence, qui n'appartient à aucun sérail ancien, veut «envoyer à la casse» l'establishment «poussiéreux» à la tête du pays depuis si longtemps. Le «Rottamatore», le «Démolisseur», comme on l'appelle, a imposé un tempo d'enfer à ses concitoyens, connus pour leur hostilité atavique au changement.

Les réseaux sociaux, outils de propagande moderne
Multiplication des chantiers économiques, avec le Jobs Act, les privatisations de la Poste et bientôt du rail, entre autres, la réforme des impôts, la proposition de loi instaurant un mariage pour tous à l'italienne avec possibilté d'adopter, malgré l'hostilité du pape, le récent décret faisant la chasse aux fonctionnaires absentéistes, sont autant de secousses qui ont traversé et qui traverseront la société italienne sous l'ère Renzi.

Communiquant comme il respire, le président du Conseil a fait des réseaux sociaux un outil de propagande moderne, à l'instar d'un Obama ou même du pape François, certes en plus modeste. Ainsi, le 20 janvier, il se félicitait sur Twitter et Facebook de la réforme du Sénat: «Aujourd'hui, ce qui semblait impossible est devenu possible


Un référendum à risques
Mais l'épreuve la plus délicate sur le chemin du changement reste à venir. Matteo Renzi s'est en effet engagé à organiser un référendum à l'automne, seul habilité à permettre l'entrée en vigueur du toilettage des institutions. Tous les partis d'opposition ont déjà fait savoir qu'ils feront campagne pour le «non», tandis qu'une partie de la population n'a toujours pas pardonné à «Renzi Express» (son autre surnom) la manière dont il a conquis le palais Chigi, le Matignon italien, en 2014, après avoir trahi son collègue Enrico Letta et pourrait le lui faire payer à l'occasion du référendum.

De possibles écueils qui ont fait dire à Matteo Renzi cette phrase aux accents gaulliens: «Si je perds, je considérerai que mon expérience politique a échoué». Sous entendu, «je m'en irai».

Ces derniers mois, il est vrai, le Parti démocrate du chef du gouvernement a perdu des points dans l'opinion, alors que des élections municipales sont prévues au printemps dans les grandes villes du pays. Mais le mot «doute» ne fait pas partie du vocabulaire renzien. «Il s'agira d'élire des maires, pas de changer de Premier ministre», a déjà fait savoir Matteo Renzi. Même pas peur.