Effondrement d'un glacier en Italie : "C'est un signe dramatique d'une problématique qui est beaucoup plus globale", estime un guide de haute montagne

"La solution n'est pas de limiter l'accès à la montagne, mais de limiter le réchauffement climatique", réagit lundi sur franceinfo François Damilano, alpiniste, un jour après l'effondrement du glacier de la Marmolada en Italie. 

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Un hélicoptère de la "Guardia di Finanzia" survole le glacier de la Marmolada, le 4 juillet 2022, un jour après l'effondrement d'un sérac de glace qui a tué sept personnes. (PIERRE TEYSSOT / AFP)

"Nous voyons notre terrain de jeu changer presque au jour le jour", a déploré lundi 4 juillet sur franceinfo François Damilano, guide de haute montagne basé à Chamonix et alpiniste. Une évolution qu'il qualifie de "dramatique" et de "spectaculaire", alors que l'effondrement du glacier de la Marmolada dans les Alpes italiennes, a fait dimanche 3 juillet au moins sept morts et huit blessés. Une catastrophe liée au réchauffement climatique, a déclaré lundi le Premier ministre italien, Mario Draghi. L'effondrement est survenu au lendemain d'un record de température de 10°C au sommet du glacier.


franceinfo : Est-ce qu'il va être de plus en plus difficile de faire de la haute montagne ? 

François Damilano : Clairement l'âge d'or de l'alpinisme glaciaire est derrière nous. Nous savons maintenant depuis plusieurs années que le réchauffement climatique a des conséquences sur les zones de haute montagne. Il faut se souvenir de ce que nous disent les scientifiques. Dans les Alpes, l'élévation de la température est deux fois plus rapide que la moyenne globale. Donc, nous, les guides de haute montagne, nous les alpinistes, nous voyons notre terrain de jeu changer presque au jour le jour.

Comment cela se traduit-il concrètement ? Qu'est-ce que vous constatez quotidiennement ?

Plusieurs signes nous montrent cette évolution à la fois dramatique et spectaculaire. La masse des glaciers diminue et la masse de glaciers diminuant, la morphologie de certains glaciers change radicalement. Par exemple celui de la Marmolada retrouve finalement son front sur une pente beaucoup plus raide qu'il y a quelques années en arrière. Et c'est ce qui a visiblement provoqué sa rupture puisqu'il ne s'agit pas d'une chute naturelle de séracs en raison de l'avancée du glacier, mais bien d'une rupture du front du glacier. Une rupture probablement due à une conjonction de deux phénomènes : à la fois le réchauffement climatique global, mais aussi en raison d'une saison qui est particulièrement en avance cette année. En effet, on a déjà connu une canicule au mois de mai. En ce moment, à Chamonix, en regardant les montagnes justes au-dessus de la ville, cela ressemble davantage à des conditions que l'on trouve généralement au mois d'août.

Est-ce que cette situation va vous obliger à modifier les pratiques, les approches des expéditions ? On pense bien sûr évidemment à l'affluence très importante en France sur des glaciers comme celui du Mont-Blanc.

Le regard des alpinistes et le regard des guides de haute montagne s'adaptent en permanence. Notre expérience et notre savoir-faire nous imposent de nous adapter à l'évolution de la montagne. C'est la base même de l'alpinisme. Maintenant, ce changement du terrain glaciaire nous force à plusieurs choses. Il y a d'abord un changement de saisonnalité. On a tendance à effectuer certains itinéraires plus tôt dans la saison plutôt qu'en plein été comme on le faisait avant. Et puis, bien évidemment, on doit se garder des nouvelles instabilités, des moraines qui apparaissent avec le recul glaciaire, de certains effondrements de parois dus à la remontée de la limite du permafrost. Ce terrain qui est en permanence gelé remonte à cause du réchauffement climatique en montagne. Et depuis plusieurs années, on observe des effondrements qui sont assez spectaculaires. Mais une fois de plus, le métier de guide et le savoir-faire de l'alpiniste est de s'adapter à son terrain et de savoir éviter certaines zones rendues plus fragiles.

Est-ce qu'à l'avenir la fréquentation de la haute montagne doit être limitée ?

Il ne faut pas se tromper de problématique. La solution n'est pas de limiter l'accès à la montagne, mais de limiter le réchauffement climatique. Ce qui s'est passé à la Marmolada est un signe dramatique, mais ce n'est qu'un signe d'une problématique qui est beaucoup plus globale.

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