Colloque "National conservatisme" à Rome : pourquoi les droites souverainistes européennes se réunissent

Alors que les figures européennes de l'extrême droite se rassemblent ce mardi à Rome, le directeur de l'observatoire des radicalités politiques Jean-Yves Camus a analysé sur franceinfo cette rencontre. 

Marion Maréchal, le 4 février à Rome. 
Marion Maréchal, le 4 février à Rome.  (ALBERTO PIZZOLI / AFP)

Le Premier ministre hongrois, Marion Maréchal et des membres de la droite souverainistes de plusieurs pays européens... Des figures de l'extrême droite se réunissent mardi 4 février à Rome, en Italie, pour un colloque intitulé "National conservatisme". En mai dernier déjà, les représentants d'une dizaine de partis souverainistes s'étaient réunis à Milan autour de Matteo Salvini, le chef de la Ligue. Ce colloque, qui a lieu depuis de nombreuses années, accueille de plus en plus de monde. "Il se passe quelque chose en Europe", a analysé sur franceinfo Jean-Yves Camus, directeur de l'observatoire des radicalités politiques. 

Parce que l'extrême droite veut se distancer de la droite 

"C'est une tentative de réactualiser la droite", selon Jean-Yves Camus. Avec ce rassemblement en Italie, le directeur de l'observatoire des radicalités politiques estime que certaines figures, notamment Viktor Orbán, cherchent à se distancer de la droite traditionnelle. Le parti du Premier ministre hongrois, souvent critiqué pour ses dérapages populistes et anti-européens, est d'ailleurs suspendu à Bruxelles depuis mars 2019 après ses prises de positions contre Bruxelles ou l'immigration

"Il pourrait quitter le PPE. Viktor Orbán disait récemment : 'Ce que je veux, c'est refonder la démocratie chrétienne'. Pour lui, il y a une dérive à gauche de la démocratie chrétienne", sous-entendu de la part d'Angela Merkel et des partis démocrates chrétiens. "Lui ce qu'il veut c'est une droite qui réaffirme les valeurs chrétiennes au plan national et au plan européen avec une vision du rapport de l'homme à l'économie dicté par la doctrine sociale de l'Église, le nationalisme, le patriotisme intransigeant. Bref, un nouveau logiciel pour la droite", conclut Jean-Yves Camus qui prend l'exemple de l'Italie avec l'extrême droite bien ancrée dans le paysage politique. "Ce sont des forces qui sont en train de s'installer durablement". 

Parce qu'il y a des points de convergence

Les partis qui participent à ce colloque s'entendent sur plusieurs points. En plus de prôner le souverainisme et de dénoncer l'Union européenne, ils considèrent que "la droite telle qu'elle est depuis la Seconde guerre mondiale a fait son temps". Selon eux, il faudrait revenir à des valeurs "plus conservatrices sur les valeurs sociétales, plus nationales avec une vraie défiance pour les institutions européennes", poursuit Jean-Yves Camus. 

Lors de son discours, Giorgia Meloni, la présidente de Fratelli d'Italia, a jugé que le principal ennemi "est la dérive mondialiste de ceux qui considèrent l'identité, sous toutes ses formes, comme un mal à combattre". Selon elle, "l'âme patriotique, on dirait souveraine aujourd'hui, est centrée sur la défense des intérêts nationaux et de la souveraineté populaire". Pour Jean-Yves Camus, ces personnalités de la droite souverainiste se retrouvent "pour faire face à ce qu'ils considèrent des ennemis communs comme la perte du sens moral, la perte des valeurs traditionnelles, la perte de la souveraineté", analyse-t-il. 

Selon le directeur de l'observatoire des radicalités politiques, l'espace politique pour ces idées "n'est pas énorme, il est en construction". La preuve selon lui : l'absence des Espagnols de Vox, parti populiste, qui a refusé de se rendre à Rome pour ce colloque. 

Parce qu'ils souhaitent créer une "galaxie" souverainiste 

Jean-Yves Camus reconnait que cette résurgence du conservatisme "a un pied dans la place. Il se passe quelque chose en Europe, poursuit-il car ce rassemblement réunit "le flanc droit des partis de gouvernement. On n'est pas dans l'extrême droite traditionnelle du tout, mais dans ce que certains ont appelé la démocratie libérale". Lors de ce colloque, deux partis de gouvernement sont présents : Celui de Viktor Orbán en Hongrie et des élus du parti polonais Droit et justice. 

Ce néo-conservatisme s'installe en Europe mais pas uniquement. La preuve ? La présence d'Américains, proche du conservatisme de Donald Trump. Plus surprenant, deux intellectuels israéliens représentants de la droite font le déplacement : "C'est quelque chose de considérable parce que ces gens-là ne seraient pas venus il y a dix ans. Ils viennent aujourd'hui rencontrer des leaders de la droite hongroise et polonaise, qui sont des pays avec lesquels Israël a des raisons d'avoir des contentieux historiques", souligne Jean-Yves Camus.