Italie : les ministres du parti de Berlusconi quittent le gouvernement

Les cinq ministres appartenant au parti du Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi ont démissionné du gouvernement de coalition samedi, à la demande du Cavaliere. Une décision surprise, provoquant la chute du cabinet d'Enrico Letta, qui a évoqué "un geste fou". Cinq mois après la naissance difficile d'un gouvernement de large entente, l'Italie fait face à une nouvelle crise politique. Le président du Conseil italien se présentera demain devant le Parlement. 

(Maxppp)

C'est un véritable coup de théâtre qu'a orchestré samedi l'ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi.

A la demande du Cavaliere , tous les ministres appartenant à son parti du Peuple de la liberté (PDL) ont démissionné du gouvernement de coalition que dirige Enrico Letta. C'est le vice-président du Conseil et dirigeant du PDL Angelio Alfano qui a fait cette annoncé dans l'après-midi.

"Geste fou et irresponsable "

Quelques minutes avant cette démission massive, Silvio Berlusconi avait demandé à ses ministres d'"évaluer l'opportunité de présenter immédiatement
leur démission pour ne pas se rendre complices d'une ultérieure vexation
imposée par la gauche aux Italiens
".

Dans un communiqué cinglants, Enrico Letta a réagi à cette initiative en dix lignes, évoquant un "geste fou et irresponsable " de la part de Berlusconi, "totalement destiné à protéger ses intérêts personnels" . Il a ajouté que désomais, "chacun au parlement assumera sa propre responsabilité devant le pays ".

Le président du Conseilitalien, Enrico Letta, a annoncé qu'il allait se présenter devant le parlement, lundi, pour tenter de trouver une porte de sortie à la crise ouverte. 

Dans la soirée, l'ancien président du Conseil Mario Monti - dont le
mouvement appartient à la majorité -  lui a apporté son soutien, assurant qu'il l'aiderait à
trouver des "solutions crédibles ". Quant à Beppe Grillo, l'ancien comique qui dirige le mouvement anti-partis "Cinq
étoiles
", il a souhaité de nouvelles élections et réclamé la
démission du président Giorgio Napolitano.

Désaccord sur la TVA

Si la démission des ministres du PDL peut paraître surprenante, la tension entre Berlusconi et Letta était en réalité très forte depuis plusieurs jours et le désaccord qui les oppose sur la question de la TVA italienne, l'IVA.

Vendredi, Enrico Letta avait convoqué un conseil des ministres pour obtenir des membres du PDL leur vote sur des mesures budgétaires, qui comprend notamment le rélèvement de l'IVA de 21 à 22 %.

Mais les cinq ministres proches de Berlusconi se sont opposés à cette mesure, amenant le président du Conseil à annoncer que toute décision sur les mesures budgétaires était suspendue avant un vote de confiance du Parlement. Un ultimatum "inadmissible et inacceptable " selon le Cavaliere, qui accuse Letta d'avoir enfreint "le pacte de coalition " qui unissait le Parti démocrate d'un côté - dont Letta est issu - et le PDL de l'autre.

"La décision adoptée hier par le président du Conseil de geler l'action du
gouvernement, entraînant de cette façon l'augmentation de l'IVA, est une grave
violation du pacte de gouvernement
", a argumenté l'ancien président du conseil pour justifier la démission des ministres du PDL.

Mais la vraie raison de cette démission semble être la possible éviction de Berlusconi du Sénat suite à sa condamnation définitive pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset. Une commission sénatoriale doit se réunir le 4 octobre pour se prononcer sur une éventuelle déchéance de l'ancien dirigeant italien. 

Surtout, l'épisode illustre le pouvoir dont dispose toujours Silvio Berlusconi, comme l'a expliqué à France Info l'historien Marc Lazare, spécialiste de l'Italie et professeur à Sciences Po.

De nouvelles élections ou une autre coalition ?

Avec la chute du cabinet Letta, le président italien Giorgio Napolitano n'a plus le choix : il va devoir choisir entre des élections législatives anticipées ou la rechercher d'une nouvelle coalition. La seconde option pourrait avoir sa préférence : quelques heures avant la démission des ministres du PDL, il déclarait que la priorité pour l'Italie était d'avoir un gouvernement stable, et non de retourner aux urnes.

"Nous avons besoin d'un parlement qui débatte et travaille,
et non qui soit dissous en permanence. Nous avons besoin de
continuité
", estimait le chef de l'Etat. D'après les derniers sondages, le PDL et le Parti démocrate sont au coude-à-coude : des législatives risqueraient donc de donné naissance à une nouvelle impasse politique.