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Témoignage Iran : "Les policiers font exprès de tirer sur les zones intimes", confie un étudiant en médecine qui soigne secrètement des manifestants blessés

Pour soigner aux manifestants blessés lors des mobilisations en Iran, des étudiants en médecine ont créé un collectif qui intervient pendant les manifestations. Menacé de mort, son fondateur a dû fuir le pays. franceinfo a pu le rencontrer. 

Article rédigé par France Info
Radio France
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Une photo obtenue par l'AFP hors d'Iran montre des manifestants iraniens dans les rues de la capitale Téhéran,  le 21 septembre 2022.  (AFP)

"Une semaine après le début des manifestations, j'ai constaté qu'il y avait de nombreux blessés, explique Keyvan étudiant en médecine, J'ai décidé avec d'autres amis de créer une équipe pour soigner les manifestants blessés."

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En Iran, quatre mois après la mort de Mahsa Amini, jeune kurde tuée pour avoir mal porté le voile, les manifestations se poursuivent. Une mobilisation violemment réprimée par les gardiens de la révolution. Les manifestants risquent la prison s'ils se rendent à l'hôpital. Pour soigner les blessés, un collectif d'étudiants en médecine s'est formé au Kurdistan iranien : le Soleil Rouge. Le fondateur du collectif s'est réfugié en Irak après avoir été arrêté et torturé par le régime. franceinfo a pu le rencontrer dans une cachette secrète au Kurdistan irakien

Des soins apportés à des centaines de manifestants

"L'un de nos membres récoltait de l'argent, raconte Keyvan, un autre collectait des médicament dans les villages en évitant les check-points. Et les autres étaient sur le terrain en lien avec les activistes, on échangeait avec eux pour savoir où seraient les manifestations". "On s'y rendait pour être prêt à soigner les gens."

Le collectif a soigné les manifestants dans la rue. "L'équipe était partagée en deux, précise Keyvan, Une sur le terrain directement pour les gestes de premiers secours, l'autre se déplaçait dans des endroits sécurisés où l'on amenait les blessés." Quand il montre son téléphone, des dizaines de photos de manifestants blessés avec des hématomes sur le bras, des dos lacérés par les balles, s'affichent. 

"Au total, j'ai vu 140 patients perdre un œil. Les femmes elles, en général, sont visées sur les zones intimes, près du vagin. Les policiers font exprès de tirer à cet endroit."

Keyvan, fondateur du collectif le Soleil Rouge

à franceinfo

Arrestation et torture

Puis un jour, Keyvan se fait arrêter par la police iranienne. "Je suis resté 21 jours en prison. Comme vous pouvez le voir, ils ont tranché mon annulaire avec un cutter, montre-t-il. Les gardes m'ont battu. Ils m'ont versé de l'eau froide dessus et donné des chocs électriques. En fait tellement de choses que j'ai encore beaucoup de mal à en parler", confie-t-il. Lorsqu'il est libéré, Keyvan décide de partir d'Iran.

"Quand je suis sorti de prison, j'ai recommencé à faire ce travail de secouriste, mais secrètement. L'un de mes collègues a été arrêté à son tour. Là, j'ai eu peur qu'ils me rattrapent et qu'ils me tuent. Donc j'ai fui."

Keyvan

à franceinfo

Aujourd'hui dans l'équipe médicale de Keyvan, deux coéquipiers sont morts, sept sont en prison, trois seulement sont encore en activité.

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