Retrait du voile en Iran : "C'est un mouvement pour le respect des libertés individuelles et collectives"

La spécialiste de l'Iran Azadeh Kian a estimé, vendredi soir sur franceinfo, que le mouvement de femmes qui retirent leur voile fragilise le régime.

Des femmes passent devant un magasin de voile à Téhéran (Iran), le 24 février 2016.
Des femmes passent devant un magasin de voile à Téhéran (Iran), le 24 février 2016. (BEHROUZ MEHRI / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Des femmes se retrouvent en prison pour avoir enlevé leur voile, en Iran. "C'est un mouvement pour le respect des libertés individuelles et collectives", a estimé, vendredi 2 février sur franceinfo, la spécialiste Azadeh KianCe mouvement a commencé le 27 décembre dernier lorsqu'une femme est montée sur un meuble dans la rue et a enlèvé son voile en le brandissant au bout d'un bâton. En Iran, depuis 1979, la loi oblige les femmes à se couvrir la tête dans les lieux publics et à porter un vêtement ample.

franceinfo : C'est un vrai mouvement de fond qui est en train de naître ?

Azadeh Kian : Cela fait presque 40 ans qu'une partie des Iraniennes luttent contre le port du voile obligatoire. Cela ne date pas d'aujourd'hui, c'est juste que les formes de luttes ont changé. De plus, l'Iran est dans un contexte où il y a eu dix jours d'émeutes dans plus de 70 villes iraniennes, où le guide Khamenei et le gouvernement ont été beaucoup critiqués par des manifestants pour des revendications sociales et politiques. C'est une fragilisation du régime. Autre contexte, en Arabie Saoudite, les femmes sont en train d'obtenir un certain nombre de droits alors même que les Iraniennes, qui en avaient avant 1979, ont perdu ces droits. C'est donc dans ce contexte qui est très favorable pour des protestations que des Iraniennes luttent, y compris contre le port obligatoire du voile. On a eu beaucoup de femmes qui, dans les années 2010, conduisaient en ôtant leur voile dans leur voiture en disant que c'est un espace privé. À cette époque déjà, cela avait provoqué des discussions au sein du parlement islamique qui était conservateur à cette époque. Aujourd'hui, le contexte a changé.

Les réseaux sociaux ont permis de propager le message également ?

Tout à fait. L'importance des réseaux sociaux en Iran a permis une caisse de résonnance. Plus de 70% des 90 millions d'Iraniens ont accès à internet et aux réseaux sociaux.

Ce mouvement va dans le sens de l'histoire, selon vous ?

Absolument. Ce n'est pas seulement un mouvement contre le port du voile obligatoire. C'est un mouvement pour le respect des libertés individuelles et collectives, c'est donc sûr et certain que ça va continuer.