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«Mission accomplie» en Irak : c'était il y a 11 ans !

La mise en scène était grandiose... Le 1er mai 2003, le président Bush annonçait la «fin des opérations majeures de combats» en Irak. Aujourd'hui, le pays est à feu et à sang. Il est divisé entre zone kurde, zones chiite et sunnite en plein soulèvement, sous les yeux des pays voisins, l’Iran, l'Arabie Saoudite et la Turquie. Plus loin, les Etats-Unis s'inquiètent.
Article rédigé par Pierre Magnan
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
George Bush, le 1er mai 2003, sur le pont de l'«Abraham Lincoln» sous la banderole «Mission accomplie». Le président américain annonce la fin des combats en Irak. (STEPHEN JAFFE / AFP)

George Bush avait mené cette guerre contre l'Irak de Saddam Hussein quasi seul, sans l'accord de l'ONU. L'opération américaine avait commencé le 20 mars 2003. Bagdad et le régime baassiste étaient rapidement tombés. L'armée irakienne n'avait pas vraiment résisté.

Le 1er mai 2003, un peu plus d'un mois après le début du conflit, George Bush était donc tout fier d'annoncer aux Américains que sa guerre contre l'Irak était terminée. Sur le pont du porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln, le président en grande forme voulait marquer la fin de l'opération militaire de guerre conventionnelle nommée Opération liberté irakienne (Operation Iraqi Freedom). Pour symboliser ce «succès», le porte-avions affichait au-dessus de la tête du président Bush une banderole sur laquelle on pouvait lire «accomplished mission» (Mission accomplie).


La guerre n'en était pourtant pas finie. Après une dizaine d’années de violences, de combats, d'attentats, mais aussi avec la tentative de créer un Etat démocratique, les forces américaines quittent officiellement le pays le 18 décembre 2011, trois ans après l'arrivée au pouvoir de Barack Obama.

Entre les deux dates, les victimes se comptent par centaines de milliers : entre 100.000 pour les chiffres les plus bas et plus de 700.000 pour les plus élevés, sans parler des millions de personnes qui ont quitté le pays.

Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, le pays, qui avait déjà connu une terrible guerre contre l'Iran (1990-1988) et une défaite sanglante à la suite de l'invasion du Koweit (1990-1991), n'a quasiment pas connu de périodes de calme. Malgré l'adoption d'une constitution, l'institution d'un gouvernement et le déroulement d'élections, l'Irak de l'après-Saddam a toujours été secoué par des affrontements ou des attentats meurtriers. 

Seule la région majoritairement kurde a connu un calme relatif dans le cadre de son régime d'autonomie, alors que le reste du pays a vu le fossé entre chiites et sunnites se creuser.

Des violences quotidiennes
Depuis le début de l'année 2014, la situation s'est dégradée, alors que l'année 2013 avait déjà été sanglante (9.475 civils tués, selon  l'ONG Iraq Body Count). Des bombes dévastent quotidiennement marchés, mosquées ou même funérailles. Les djihadistes attaquent des prisons et des casernes. En janvier 2014, les djihadistes contrôlent Fallouja et des quartiers de Ramadi. Bagdad voit ainsi d'importantes villes lui échapper pour la première fois depuis l'invasion américaine. 

Le 10 juin, l'EIIL et d'autres combattants s'emparent de Mossoul et de sa province pétrolière, provoquant l'exode de 500.000 personnes. Le 11, ils prennent Tikrit, chef-lieu de la province de Salaheddine et ex-fief de Saddam  Hussein.


Curieusement dans ce conflit, Téhéran et Washington ont eu quasiment la même réaction. L'Iran «luttera contre la violence et le terrorisme» des rebelles djihadistes sunnites qui ont lancé une offensive dans le nord-ouest de l'Irak, a affirmé le 12 juin le président iranien Hassan Rohani. Quant aux Américains, ils ont affirmé être prêts à fournir «toute aide appropriée» au régime en place à Bagdad.

De leur côté, les Russes ont ironisé sur «
l'échec total» de l'intervention américaine et britannique dans ce pays. Une façon aussi pour Moscou de marquer sa différence avec Washington dans le conflit syrien voisin.

Quant à George Bush, il avait déjà relativisé ses propos de 2003. En 2008, il avait reconnu certaines de ses erreurs, notamment son discours sur le porte-avions Lincoln sous la banderole «Mission accomplie».



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