CIO: 3 femmes demandent l'exclusion de l'Iran et l'Arabie saoudite des JO de Rio

Le 6 juillet 2016, trois femmes à la tête d’organismes pour la défense des droits des femmes ont lancé un défi au CIO. Dans une tribune publiée par le quotidien «Libération», elles réclament l’exclusion de l’Iran et l’Arabie saoudite des JO de Rio pour non respect des règles concernant l’égalité hommes-femmes et la neutralité politique et religieuse lors des jeux.

Les femmes de la délégation saoudienne au stade olympique de Londres, lors de la cérémonie d\'ouverture des Jeux Olympique, le 27 juillet 2012 à Londres.
Les femmes de la délégation saoudienne au stade olympique de Londres, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympique, le 27 juillet 2012 à Londres. (SAEED KHAN/AFP)

«L’Iran et l’Arabie saoudite sont les seuls au monde à interdire aux femmes de pénétrer dans les stades.» Partant de ce simple constat, trois femmes et non des moindres, sont sorties des réserves diplomatico-sportives pour interpeller le Comité international olympique avant les jeux du Brésil.

«Deux pays qui affichent sans vergogne un strict apartheid sexuel» 
Françoise Morvan, présidente de la coordination française pour le lobby européen des femmes, Annie Sugier, présidente de la ligue du droit international des femmes, et Linda Weil-Curiel ont en effet signé une tribune intitulée Il faut exclure l’Iran et l’Arabie saoudite des jeux olympiques de Rio.
 
Selon elles, le spectacle le plus populaire au monde, avec plus de trois milliards de téléspectateurs, comme ce fut le cas pour les JO de Londres 2012, ne peut admettre «l’injure de la présence de deux pays qui affichent sans vergogne un strict apartheid sexuel n’ayant rien à envier à l’apartheid racial des années les plus sinistres de l’Afrique du Sud».
 
L’une auteure-éditrice, l’autre chimiste et physicienne et la troisième avocate engagée dans la lutte contre l’excision, toutes les trois rappellent au CIO que ces pays bafouent les principes et règles de la charte olympique à laquelle pourtant ils souscrivent.

​Le CIO manque à sa mission de promouvoir l'égalité hommes-femmes 
Concernant l’Arabie saoudite, outre l’interdiction du sport aux filles dans les écoles et collèges publics, elles font état d'une délégation officielle aux jeux, comprenant «les athlètes alibis couvertes de la tête aux pieds de l’uniforme islamique imposé aux femmes afin que leurs corps soit invisible aux yeux de la foule».
 
Pour rafraîchir la mémoire du comité, elles citent les principes V et VI selon lesquels chaque individu peut faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et précisent que le CIO s’est donné pour mission de promouvoir l’égalité femmes-hommes (Chapitre I).
 
Elles rappellent également la règle 50-2 stipulant qu’aucune sorte «de démonstration de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique».
 
Quant à la promesse iranienne de lever l’interdiction faite aux femmes d’accéder aux stades, elles soulignent que «ces promesses n’ont engagé que ceux qui les ont crues».

Des femmes, membres de la délégation officielle iranienne aux JO de Londres, lors du défilé d\'ouverture au stade olympique, le 27 juillet 2012.
Des femmes, membres de la délégation officielle iranienne aux JO de Londres, lors du défilé d'ouverture au stade olympique, le 27 juillet 2012. (ADRIAN DENNIS/AFP)

Le précédent de la militante féministe iranienne Maryam Namazie 
Estimant que le CIO trahissait les athlètes musulmanes qui ont couru bras et jambes découverts, telles les médaillées Nawal el-Moutawakel (Los Angeles 1984), Hassiba Boulmerka (Barcelone 1992)  ou Habiba Ghribi (Londres 2012), les signataires de l’appel demandent au CIO d’avoir «le courage d’exclure des jeux l’Iran et l’Arabie saoudite».
 
En 2012, la militante féministe iranienne, Maryam Namazie, avait déjà ouvert la voie. Elle avait crié à la trahison de la charte des jeux par le CIO qui venait d’accorder l’autorisation à certaines athlètes de participer aux épreuves avec le hijab (foulard) sur la tête.
 
L’appel des trois défenseuses des droits des femmes a peu de chance d’être suvi d’effet, mais il s’inscrit comme un jalon supplémentaire sur la voie de l’égalité hommes-femmes, toujours ignorée dans ces deux pays.