Submergées par la foule, des banques indiennes sont à court d'argent liquide

Le gouvernement a subitement décidé de démonétiser les billets de 500 et 1000 roupies (l'équivalent de 6,50 et 13 euros). Les Indiens se sont donc rués dans les banques pour échanger ces coupures.

Des Indiens font la queue pour changer leurs billets, le 11 novembre 2016, à Bhubaneswar (Etat de l\'Odisha), dans l\'est de l\'Inde.
Des Indiens font la queue pour changer leurs billets, le 11 novembre 2016, à Bhubaneswar (Etat de l'Odisha), dans l'est de l'Inde. (NURPHOTO / AFP)

Panique bancaire en Inde. Pour la deuxième journée consécutive, les banques ont été prises d'assaut, vendredi 11 novembre, par une foule qui tentait de plus en plus désespérément de se procurer des billets valides. De nombreuses succursales se sont retrouvées à court de liquidités.

Dans toute l'Inde, de longues files d'attente se sont formées devant les établissements bancaires pour tenter d'échanger les billets de 500 et 1 000 roupies (6,50 et 13 euros). Ces coupures sont soudainement devenues inutilisables car elles ont été démonétisées sur décision du gouvernement cette semaine. Les Indiens veulent donc les échanger contre de petites coupures ou la nouvelle coupure de 2 000 roupies (26 euros). Mais, après plusieurs heures d'attente, des millions d'Indiens ont dû repartir les mains vides : les agences bancaires et les distributeurs se sont retrouvés à sec.

Des gens "n'arrivent plus à acheter certains produits essentiels"

A la Bourse de Bombay, les actions des banques indiennes ont accusé le coup. A la clôture, ICICI Bank plongeait de 4,99%, State Bank of India de 2,61% tandis que Central Bank of India reculait de 2,77%. "L'annonce surprise a créé un problème pour les banques, mais le secteur bénéficiera sur le long terme de cette démonétisation" qui entraînera une hausse des dépôts bancaires, a pondéré Sujan Hajra, économiste en chef de la compagnie de courtage Anand Rathi securities.

Les limites imposées aux retraits par le gouvernement compliquent les versements de salaires en liquide, dans une économie où la part du secteur informel est énorme et où 90% des transactions s'effectuent en espèces. "Nous avions payé les salaires de quelque 700 ouvriers lundi, mais la plupart d'entre eux n'ont pas été en mesure de changer leur argent et sont fauchés", a déclaré à l'AFP Vikram Deep Singh Sekhon, responsable d'une plantation de thé dans l'Etat du Bengale occidental (est du pays). Ses employés "n'arrivent plus à acheter certains produits essentiels à la vie de tous les jours", a-t-il témoigné.

L'Inde, le pays le plus peuplé au monde (1,25 milliard d'habitants), a été pris de court par l'annonce, mardi soir, du Premier ministre. Ce dernier a expliqué que les coupures de 500 et 1 000 roupies n'avaient soudain plus de valeur légale. Cette mesure est destinée à lutter contre l'évasion fiscale. La Banque centrale indienne s'est voulue rassurante, déclarant que suffisamment d'argent liquide avait été distribué aux institutions bancaires pour répondre aux besoins. "Il y a suffisamment d'argent disponible en banque et toutes les dispositions ont été prises pour que les billets atteignent toutes les parties du pays", a-t-elle affirmé dans un communiqué, appelant les Indiens à la "patience".