Inde: les musulmanes disent non au divorce express

La minorité musulmane d’Inde reconnaît aux hommes le droit du divorce express. Un simple mot, «talaq», permet de rompre sur le champ des années de mariage. L’Inde autorise cette pratique au nom du droit spécifique de chaque minorité. Mais de plus en plus de musulmans réclament son abandon.

(AFP)

Talaq, talaq, talaq. «Je divorce», prononcé ou même écrit trois fois de suite, et la cause est entendue, le mariage rompu. Nulle conciliation possible ni encore moins de dédommagement. Le divorce express vient d’une lecture déformée du Coran qui laisse s’écouler une période de trente jours entre chaque «talaq», justement pour laisser aux époux la possibilité de se réconcilier.
 
Faut-il préciser que les femmes, une nouvelle fois, n’ont pas la même possibilité de divorcer. Elles sont «traitées en général comme des citoyennes de seconde classe dans notre société et en plus victimes de discrimination par ceux qui interprètent mal la religion.»  Le jugement sans concession est de Sadia Akhtar qui travaille dans une ONG spécialisée dans le soutien des femmes musulmanes, Bharatiya Muslim Mahila Andolan (BMMA). Les femmes se retrouvent souvent à la rue avec leurs enfants, sans ressources et contraintent à vivre chez leurs parents.
 

L’ONG a même réalisé un sondage d’où il ressort que 92% des musulmanes désirent la fin de cette pratique. 50.000 musulmans ont même signé une pétition pour la dénoncer.. La procédure unilatérale de divorce se banalise, parfois même par SMS ou courriel.
 
Des pays musulmans comme le Bangladesh ont interdit cette pratique. Mais en Inde, le principe de liberté religieuse pour les minorités est fondamental. Les 155 millions de musulmans du pays sont ainsi gouvernés par le droit spécifique de leur religion, et les responsables musulmans rechignent à l’égratigner. D’autant que le gouvernement de Narendra Modi s’est même engagé à remplacer les lois des minorités religieuses par un code civil commun pour renforcer l’unité nationale.