Homosexualité, divorce, avortement : la nouvelle voix du pape

Dans un très long entretien publié simultanément par une quinzaine de revues jésuites dans le monde, Civilta Cattolica en Italie, Etudes en France, le pape François fait une fois encore entendre sa petite musique. Homosexuels, divorcés, femmes ayant avorté doivent être accompagnés "avec miséricorde", dit-il. "Nous devons trouver un nouvel équilibre, sinon l'édifice moral de l'Eglise risque de s'écrouler comme un château de cartes".

(Tony Gentile Reuters)

Un changement de ton, à défaut d'un changement de mentalités ? Petit à petit, le nouveau pape fait entendre sa musique - bien différente de celle de son prédécesseur. François a donc accordé un très long entretien (30 pages !) à une revue jésuite italienne, Civilta Cattolica , publié simultanément dans une quinzaine d'autres revues jésuites de par le monde - Etudes , en France.

Qu'y lit-on ? Que les prêtres doivent être accueillants, capables avant tout de "soigner les plaies et réchauffer les coeurs des fidèles" , et non ressembler à des fonctionnaires dogmatiques enfermés dans des confessionnaux qui ressemblent parfois à des "salles de torture" .

"L'Eglise risque de s'écrouler comme un château de cartes"

Le pape déplore que l'Eglise se soit "parfois laissée enfermer dans de petites choses, de petits préceptes" ; il l'invite à retrouver "la fraîcheur de l'Evangile" . Et il y a urgence : "Nous devons trouver un nouvel équilibre, sinon l'édifice moral de l'Eglise risque de s'écrouler comme un château de cartes, de perdre la fraîcheur et le parfum de l'Evangile".

Et comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même... Le pape livre le fond de sa pensée sur quelques-uns des thèmes brûlants de société. Il appelle les prêtres à "toujours prendre en considération la personne" . Ainsi, homosexuels et divorcés doivent être "accompagnés avec miséricorde" , et "à partir de leurs conditions de vie réelles" .

Aux homosexuels, qui lui disent se sentir blessés d'être rejetés par l'Eglise, le pape leur répond que "ce n'est pas ce que veut l'Eglise" . En clair, l'Eglise n'a pas à porter un jugement. Il l'avait déjà dit à mots couverts en rentrant des Journées mondiales de la jeunesse, au Brésil.

L'Eglise n'a pas à porter de jugement

L'avortement est aussi évoqué. "Je pense à cette femme qui avait subi l'échec de son mariage pendant lequel elle avait avorté : elle s'est ensuite remariée et elle vit à présent sereine avec cinq enfants. L'avortement lui pèse énormément et elle est sincèrement repentie. Elle aimerait aller plus loin dans la vie chrétienne. Que fait le confesseur ?" , demande-t-il, l'invitant clairement au pardon.

François parle également des femmes - et souhaite les voir jouer un plus grand rôle au sein de l'Eglise. "Le génie féminin est nécessaire dans les lieux où se prennent des décisions importantes" . Mais il ne va pas jusqu'à envisager l'ordination de prêtres femmes...

Inutile d'ajouter que cet entretien a été reçu avec enthousiasme par les catholiques les plus libéraux, et beaucoup moins par les conservateurs... Le pape leur rétorque qu'il ne remet pas en cause le dogme, mais qu'il y a beaucoup d'autres sujets à aborder.